Public chéri, mon amour !

Aujourd’hui, foin de biographie enflammée et assez peu académique de compositeurs célèbres ; point non plus de papotage au sujet d’une héroïne forcément tragique ; loin de moi l’idée de te parler d’un matos astucieux et indispensable au musicos en herbe que tu es. Aujourd’hui, je te fais un petit billet tout doux, entre exorcisme et lettre d’amour. Eh oui, c’est tout moi ça !

fauteuils rouges de salle de spectacle

Il y a quelques temps, je partageais avec toi un ciné-concert du film How to train your dragon (si tu n’as pas vu, je te conseille à 2 000 %!) auquel j’ai participé avec le Yellow Socks Orchestra, sous la houlette de la boîte de prod Ugo&Play. Au risque de te paraître totalement cucul, je reviens dessus pour un petit quelque chose. Oh trois fois rien, un simple remerciement.

Je suis très très trèèèèèèèèèèèès loin d’être une vedette, je ne suis pas une soliste non plus, je suis une simple tuttiste. Un petit maillon très humble d’une longue chaîne de musicos (et ça me va très bien comme ça), qui s’associent pour jouer devant tes oreilles ébahies de la musique qui te touche, te babahoute, ou t’émeut ; du moins, on espère ! Et toute cette émotion, petit public, tu nous la rends au centuple avec tes applaudissements et tes bravos.

Pendant ces trois jours complètement fous, la salle était comble. Et chaque soir, petit public tu étais debout. Déjà présent avec tes applaudissements quand nous sommes rentrés dans la salle, tu nous a portés pendant la représentation à chaque fois que tu aimais un des airs phares de ce film magnifique. Et que dire des ovations que tu nous a réservées à la fin du show ? Je n’avais jamais vu ça. 3 600 personnes qui hurlent frontalement leur joie et leur bonheur d’avoir partagé ce moment avec nous, et ce, trois soirs de suite. C’était incroyablement fort.

Je sais je sais, tout ça, c’était pour les 80 musicos et 50 choristes, rien à voir avec ma petite personne. Mais dans le lot, il y en avait justement pour ma petite personne qui a participé (avec tous les autres musiciens) à produire ce spectacle. Et ça fait vraiment plaisir.

Avant d’être musicien professionnel, tu apprends la musique petit. Tu joues plus ou moins bien dans des tonnes d’auditions où tu es stressé comme pas possible d’être à poil (métaphoriquement hein) devant des gens. Et je ne te parle même pas des concerts improvisés et forcés dans ta famille pour faire plaisir à Tata Jacqueline pendant que Tonton Kevin se paye ta tronche à gorges déployées. Le public devient ton pire ennemi (à l’exception du métronome), celui que tu voudrais annihiler pour ne plus avoir à jouer que dans ta chambre tranquillement sans rien demander à personne.

Et puis un jour tu commences la musique de chambre, l’orchestre ou le chœur. Tu n’es plus aussi à nu devant ce foutu public, ça n’est plus aussi risqué (avant c’est clair, tu y jouais ta vie !), et tu commences à apprécier l’expérience. Même si, on ne va pas se mentir, tu trouves que franchement, ces applaudissements à rallonge c’est quand même un poil too much de gênance.

Quelqu’un finit par t’expliquer, comme ça au détour d’une conversation, que ces applaudissements ne sont pas là pour te gêner ou pour faire faire de la gym au chef qui fait dix allers-retours entre les coulisses et la scène. Non. C’est la façon qu’à ton public de te remercier pour tout ce que tu lui as apporté pendant le concert. Et plus il est heureux, plus il applaudit. Alors tu comprends que ces moments de gênance, au lieu de les subir, tu peux les apprécier. Et arrive ce grand soir où vraiment, tu apprécies.

C’est ce qui s’est passé pour moi à l’issue de ces trois spectacle. Plusieurs décennies après mon premier crin-crin sur un violon (je n’avoue plus combien, ça deviendrait inconvenant !). Petit public, d’ennemi intime numéro un, tu es devenu ce soir-là mon plus bel allié. Si tu savais comme ça m’a fait du bien… J’espère qu’on restera bons potes encore longtemps. Alors, pour clôturer cette mièvre lettre d’amour, et en parodiant un de mes humoristes préféré, je te remercie, Public chéri mon amour !