La Messe en Mi m de Brückner

Chanter du Bruckner, c’est un peu comme grimper l’Everest en robe de bure : c’est beau, c’est sacré, mais faut s’accrocher. La Messe en mi mineur, c’est pas juste des “Amen” plan-plan : c’est une cathédrale vocale avec des voûtes en triple salto. On a bossé comme des moines (sans le silence), répété jusqu’à user les cordes vocales, affronté un orchestre sans violons, des églises frigorifiques et un public brave. Entre fausses notes et grands frissons, voilà le récit de cette aventure chorale à mi-chemin entre la ferveur mystique… et le sketch logistique.

Répète, transpiration, répète encore (et un chouilla de panique …)

La Messe en mi mineur de Bruckner, c’est pas le genre de morceau que tu balances entre deux Ave Maria. Déjà, elle dure plus d’une demi-heure, elle monte haut, descend bas, et colle des syncopes partout. Ensuite, elle a été pensée pour des chœurs de ouf et un orchestre un peu bizarre (sans violons, avec des bois, des cors, et une batterie de trombones qui te regardent de haut). Bref, pour l’attaquer, il a fallu des semaines de boulot : d’abord chœur seul, avec un piano qui essayait de simuler tous les instruments du monde, puis les premières répètes avec l’orchestre. Et là, surprise : pas de cordes aiguës pour te rassurer, juste des flûtes, des hautbois, des clarinettes, des bassons, des cors, des trompettes, des trombones… et des percussions pour la touche épique.

À poil dès l’entrée, et ça déraille

La générale ne se passe pas trop mal, mais au premier concert, la vraie claque arrive. On commence avec une pièce a cappella (ça veut dire sans aucun instrument, juste les voix, à poil quoi), et bim : on finit plus bas que prévu. Logique, en chantant sans référence, un chœur a tendance à baisser un peu en hauteur (fatigue, tension, manque d’oreille extérieure…). Et comme on enchaîne direct sur l’intro de la messe, elle aussi a cappella, ben on part faux. Et quand l’orchestre entre, tout le monde grimace ! Heureusement les concerts suivants, le chef, pas fou, a demandé à un instrumentiste de donner discrètement la note de départ. Petit coup de pouce, gros soulagement pour tout le monde.

Frissons garantis (pas pour les bonnes raisons)

Autre souci : les églises. Ambiance frissons garantis, pas à cause de l’émotion (en même temps, quand on compose une messe, en général c’est pour ce genre d’acoustique !), mais du froid glacial. Et quand t’as des vents en galère (littéralement refroidis), la justesse part vite en cacahuètes. Les flûtes gèlent, les cors coincent, les clarinettes toussent.

Beauté, sueur et tremblements : c’est fait !

Mais bon, malgré tout ça : Bruckner, c’est beau, ça remue, et on a survécu. Et pour te le prouver, quelques écoutes valent mieux qu’une tonne de mots. Au milieu de l’architecture sonore impressionnante qu’est cette messe, il y a des moments qui te scotchent. Je te mets la messe en entier à écouter parce que c’est trop beau. Mais je te donne aussi le minutage des extraits (je suis vraiment trop sympa).

D’abord le début du Kyrie (00:00), en mode a cappella planant : des voix pures, sans filet, qui glissent comme de l’encens sonore. Tend bien l’oreille, parce qu’au début c’est tout doux. Mais le vrai uppercut, c’est le Crucifixus du Credo (15:12 ) et le Resurrexit (16:50) qui suit. Là, t’es en pleine Passion : harmonies tendues, dissonances qui tirent l’âme, ambiance Golgotha garantie. Après ça, le Sanctus (21:00) arrive comme un rayon de lumière par les vitraux, crescendo mystique avec orgue imaginaire en fond. Et le final ? Le Dona nobis pacem (32:26) de l’Agnus Dei est tout en supplication insistante, comme si le chœur ne voulait plus lâcher la paix des lèvres.

Pas un solo dans toute la messe, pas de diva en vue : juste un chœur qui porte tout, tout le temps, avec l’orchestre bizarre de tonton Anton (zéro violons, que des vents et des cuivres qui grondent dans les travées). Bref, pas forcément ta messe du dimanche, mais un sacré voyage dans les hauteurs, entre silence et tremblements !

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