L’opéra, ce blockbuster du passé

Mozart, Verdi, Wagner, Bizet, … Ces mecs-là n’ont pas juste composé des mélodies, ils ont pondu des monuments. Des chefs-d’œuvre où ça chante, ça pleure, ça tue, ça meurt d’amour et ça ressuscite parfois (façon lyrique, bien sûr). Bienvenue dans le monde de l’opéra, cette forme musicale où tout le monde pousse la chansonnette avec tellement de passion qu’on en oublierait presque qu’on est juste au théâtre ; mais attention, en stéréo XXL !

Scène d’opéra avec chanteurs en costume, illustrant la grandeur et la passion de cet art.

Aux origines : l’Italie met le paquet

L’opéra, c’est comme la pizza : une invention italienne qui a fini par conquérir la planète. Son acte de naissance officiel remonte au début du XVIIe siècle, à Florence. Là-bas, une bande de nobles mélomanes un peu nerds, la Camerata de Bardi, rêve de recréer la tragédie grecque antique. Le théâtre, oui, mais chanté ! Ils en ont marre des polyphonies trop chargées de la Renaissance : ils veulent que la musique serve les émotions, pas qu’elle les noie.

Et paf, en 1607, Monteverdi débarque avec L’Orfeo. Et ce n’est pas juste un essai, mais un véritable coup de maître ! L’Orfeo, c’est le premier opéra à combiner narration dramatique, émotions intenses et vraie musique expressive. On y suit Orphée (le mec qui descend aux Enfers pour ramener sa chérie Eurydice), dans une mise en musique qui en met plein les oreilles. Et comme ça marche plutôt bien dans les salons de la noblesse, l’idée fait son chemin. Venise en redemande, Naples aussi. Et bientôt, toute l’Europe.

À partir du XVIIe siècle, l’opéra devient un véritable phénomène culturel. On s’habille chic, on prend ses jumelles de théâtre et on va s’émouvoir devant les grandes tragédies en musique. Une tradition est née.

Mais alors, l’opéra, c’est quoi ce délire ?

L’opéra, c’est un peu le croisement improbable entre un concert XXL, un film dramatique et une pièce de théâtre. Sauf qu’ici, personne ne parle normalement. Tout est chanté. Absolument tout. Même les engueulades et les déclarations d’amour, et c’est ça qui fait son charme.

Au cœur de l’opéra, il y a le livret (l’histoire), écrit par un librettiste. Ensuite, le compositeur vient coller de la musique là-dessus, en tenant compte du ton, des émotions, des personnages. Et là, tout prend une autre dimension. Parce qu’un « je t’aime » chanté par une soprano à bout de souffle sur fond de cordes déchirantes (je ne te parle pas de Lara Fabian là, mais c’est un peu l’idée quand même), ça n’a pas tout à fait la même puissance qu’un petit « je t’aime » chuchoté dans une comédie romantique Netflix.

Un opéra, c’est souvent découpé en actes (comme au théâtre), eux-mêmes divisés en numéros musicaux : airs (solos chantés, souvent ultra expressifs), duos, ensembles, chœurs… Parfois, il y a des dialogues parlés (dans les opéras comiques, par exemple), parfois tout est chanté non-stop (coucou Wagner). Et attention : la mise en scène, les décors, les costumes jouent un rôle énorme. L’opéra, c’est du spectacle total.

Chaque voix y trouve son emploi : soprano, ténor, baryton, basse, mezzo… Chacune a son caractère, sa tessiture, son type de rôle. La soprano, c’est souvent l’amoureuse sacrifiée. Le ténor, l’amant flamboyant. Le baryton, le traître (ou le père, selon l’humeur).

5 tubes opératiques qui envoient du bois

Évidement c’est toujours difficile de faire un tri pour ne te présenter que quelques exemples forcément réducteurs ! Mais bon, il faut bien commencer quelque part. Alors voici une toute petite minuscule et peu objective sélection d’opéras aaaaarchi connus pour ta culture G personnelle. Mon préféré n’est même pas dedans, mais c’est quand même compliqué de faire l’impasse sur les cinq que je te présente là :

La Traviata – Giuseppe Verdi (1853)

C’est culte parce que c’est l’histoire éternelle de l’amour impossible. Violetta, une courtisane au cœur tendre, tombe amoureuse d’Alfredo, un jeune homme de bonne famille. Mais comme on est dans l’opéra, ça ne finit évidemment pas bien. Ajoute à ça une musique poignante, des airs devenus mythiques (Libiamo ne’ lieti calici, ou « le brindisi », est quasiment un hymne) et une dénonciation discrète de l’hypocrisie bourgeoise… et tu obtiens un chef-d’œuvre.

Carmen Georges Bizet (1875)

Carmen, c’est LA femme fatale de l’opéra. Une bohémienne libre, provocante, indomptable. Elle séduit Don José, le rend fou, puis le jette. Et lui, ben… il ne le prend pas très bien. Carmen, c’est l’opéra de la passion brute, sans filtre. Et même si ça a fait scandale à sa création (une héroïne qui fume, séduit, et ne regrette rien ?!), aujourd’hui, c’est un classique. La musique de Bizet est un petit bijou : accessible, colorée, pleine de rythmes espagnols. Les airs sont ultra connus (Habanera, Toreador, etc.), les chœurs sont entraînants, et le personnage de Carmen demande une mezzo avec du feu dans la voix… et dans les yeux.

La Flûte Enchantée – Wolfgang Amadeus Mozart (1786)

Pourquoi c’est culte ? Parce que c’est un opéra qui a tout : un prince paumé, une flûte magique, une méchante Reine de la Nuit (qui claque des contre-fa comme si c’était facile), des épreuves initiatiques et un homme-oiseau qui rêve juste de trouver une copine. La Flûte enchantée, c’est comme si Mozart avait mélangé Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux et un sketch des Monty Python ; le tout en musique s’il te plaît ! Contrairement aux autres opéras italiens très « sérieux », Mozart s’éclate avec un opéra en allemand, qui alterne airs chantés et dialogues parlés. C’est à la fois profond et absurde, symbolique et léger. La musique est d’une inventivité folle : entre le duo comique Papageno-Papagena, les grands airs lyriques et les moments presque mystiques, c’est un feu d’artifice. Et l’air de la Reine de la Nuit est carrément devenu un mème vocal sur YouTube – il faut avoir des cordes vocales en titane pour le chanter !

L’Anneau du Nibelung – Richard Wagner (1876)

Évidement comme c’est Wagner, il a vu les choses en grand. Très grand. Quatre opéras, 15 heures de musique, des dieux nordiques, des dragons, des malédictions, des incestes et une fin apocalyptique. Rien que ça. C’est l’opéra-saga par excellence. L’orchestre est colossal, la musique continue sans pause (pas de petits airs isolés ici), et chaque personnage a son leitmotiv (petit thème musical qui lui est associé). Wagner invente une façon totalement nouvelle de raconter en musique. C’est exigeant, mais fascinant. Et La Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des dieux (ce sont les quatre opéras de la saga, je te mets les sous-titres pour le cas où tu n’aurais pas suivi !), ça a quand même une sacrée classe.

L’opéra, c’est bien plus qu’un vieux truc poussiéreux réservé aux snobs en costume trois pièces (même si évidement, il y en a dans la salle, on va pas se mentir…). C’est une explosion d’émotions, de voix, de drames, d’amours impossibles et de partitions qui secouent. C’est le grand huit du spectacle vivant, entre virtuosité vocale et intensité dramatique. Et spoiler : on peut totalement kiffer Siegfried en costume de hobbit, ou vibrer devant Carmen en mangeant des chips.

Alors, prêt à te lancer ? Je t’ai réservé une place en loge avec ma petite playlist juste en dessous. Rideau !

Liste de lecture

6 Vidéos