Cette semaine, je te parle de concert du Requiem Fauré que j’ai fait pour les 100 ans de sa mort. Dit comme ça, on dirait que je vais t’embarquer dans un truc chiant, solennel et poussiéreux. Encore une messe des morts, tu parles d’un programme… Sauf que non. En vrai, c’était un de ces projets fous, genre “tiens, si on faisait vibrer une cathédrale entière avec un chœur au taquet, un orgue énorme, et une ambiance de dingue”. Et comme c’est la dixième fois que je chante ce Requiem, tu pourrais te dire que j’en ai ras-le-sol. Eh ben non ! Je l’ai chanté, et re-chanté, et encore chanté, et j’ai adoré. Je te raconte.
Le Requiem de Fauré, ou comment parler de la mort en mode cocooning
Dans une messe normalement, tu retrouves un certain nombre de chants, toujours fixes. On appelle ça l’Ordinaire. Bon ben dans un Requiem c’est le quasiment le même que celui d’une messe normale, sauf qu’on enlève le Gloria et le Credo, et qu’on rajoute un Dies Irae (parfois coupé en petits bouts parce que c’est long, coucou Mozart !)
Normalement, c’est ambiance gros nuages, cloches funèbres et Dieu vengeur. Mais Gabriel Fauré, lui, il était pas trop team Apocalypse. Son délire, c’était plutôt d’apaiser les cœurs. Alors il a pris la messe des morts, il a gardé les plus jolis morceaux, il a viré ce qui faisait peur, et il a composé une version hyper douce, presque rassurante. Genre si les anges faisaient des câlins, ça sonnerait comme ça.
C’est beau, simple, jamais mielleux. Et franchement, dans une époque où tout va à mille à l’heure, ça fait du bien. Même si t’es pas branché spirituel, tu peux pas rester de marbre devant ça. Il a mis de la lumière dans la mort. Rien que ça.
Trois week-ends, des potes et un barbecue (oui, c’est ça aussi un Requiem)
Avant de faire ces concerts du Requiem de Fauré, comme dans tout travail de chœur (je te l’ai raconté notamment dans mon Classique : Coulisses et Couacs sur la production de Carmen à laquelle j’ai participé), on a commencé par travailler avec uniquement les choristes. Trois week-ends de répètes à enchaîner les vocalises et les reprises millimétrées. Mais avec une équipe aussi cool, c’était loin d’être une corvée. On bossait à fond, puis on mangeait des saucisses grillées en rigolant au soleil. Oui, un Requiem avec merguez au milieu, c’est possible. Et franchement, c’est dans ces moments-là que tu sens que le chœur, c’est pas juste chanter ensemble : c’est vibrer ensemble. Littéralement.
Cathédrale, orgue, lumière : la totale ambiance “série Netflix mystique”
On a chanté dans une cathédrale énorme, pleine à craquer. Le public ? Silence religieux (sans mauvais jeu de mots). Le son montait, planait, tournoyait. Tu sens l’écho te caresser la nuque, c’est une question d’acoustique. Et l’orgue, je t’en parle ? Monumental. Quand il entre, t’as l’impression que le bâtiment respire.
La lumière était tamisée, on voyait à peine les visages, mais on entendait les souffles. C’était hors du temps. Une bulle. Franchement, j’en ai encore les poils des bras qui se dressent rien que d’y penser.
Tu veux écouter ? Fais-le bien
Le Requiem de Fauré, c’est pas de la musique à écouter à l’arrache entre deux mails. Non. Il te faut un moment. Un casque. Une lumière douce. Un peu de solitude, si possible. Tu mets l’Introït pour démarrer (grave et profond), tu continues avec le Pie Jesu (petit bonbon de douceur), puis tu termines sur le Libera me (prière puissance 1000), et enfin, tu décolles avec le In paradisum (les petits anges sont de sortie).
Tu fais ça dans le noir, ou à la bougie, et je te garantis que tu planes. Pas besoin d’être croyant, hein. Juste vivant et ouvert. Ces concerts du Requiem Fauré, c’était un shoot de beauté brute.
Alors, t’attends quoi pour l’écouter ?
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