La Traviata à l’Opéra de Rouen : le grand retour d’un opéra cultissime !

Il y a quelques jours, je passais un week-end chez des amis à Rouen. Et il se trouve que pile poil sur ce week-end là, il y avait une diffusion publique d’un opéra ultra connu : La Traviata. Je le connaissais déjà (l’histoire, les personnages, les airs les plus connus), mais je ne l’avais jamais vu en vrai. Et mes amis m’ont proposé d’aller voir la retransmission en direct qui avait lieu sur la place de la cathédrale. Ah, j’en ai des potes sympa ! Bon finalement au vu des avis de tempêtes, ça a été déplacé à l’intérieur d’une gigantesque abbatiale ; pas de bol. Surtout qu’avec les problèmes d’acoustique que ça risquait de provoquer, on s’est rabattu sur une cinéma pas top loin où c’était également diffusé. Mais j’ai trouvé le principe vraiment trop top ! Du coup ni une ni deux, je t’embarque avec moi et je te raconte tout ça !

La Traviata à l'Opéra de Rouen

La Traviata à Rouen : Verdi sans poudre ni perruque

Ah, La Traviata. Si tu t’intéresses un tant soit peu à l’opéra, impossible de passer à côté. C’est un peu le Starbucks du lyrique : il y en a partout, tout le temps, mais on y retourne quand même avec un petit sourire coupable. Parce que Verdi, c’est du concentré d’émotion brute : amour impossible, tuberculose dramatique, et un chœur qui t’envoie ses “Libiamo” comme des confettis au champagne. Depuis 1853, ce drame d’une courtisane sacrifiée pour l’honneur d’un papa trop rigide fait pleurer les foules et remplir les salles.

À Rouen, en octobre 2025, on ne fait pas dans la nouveauté folle : c’est une reprise de la fameuse mise en scène de Jean-François Sivadier, celle qui a déjà pas mal tourné depuis sa création à Aix-en-Provence. Une scène presque nue, des rideaux qui claquent comme des secrets, et des chanteurs livrés à eux-mêmes. Pas de décors façon boudoir doré : ici, l’émotion ne se cache pas derrière les paillettes, elle te saute à la figure sans filtre.

Et quels chanteurs !

La soprano Chelsea Lehnea incarne Violetta : jeune, brillante, et un peu rock’n’roll dans sa façon de vivre le drame. Pas la diva tragique en gants blancs, mais une Violetta vivante, qui respire, qui rit trop fort, qui aime trop vite, et qui crame sa chandelle par les deux bouts. Sa voix, un peu anguleuse parfois, a cette fragilité qui colle parfaitement au personnage – on sent la femme qui lutte, pas la poupée de porcelaine.

Face à elle, Leonardo Sánchez campe un Alfredo à la fois ardent et un peu naïf (comme souvent, me diras-tu). Le gars chante avec le cœur sur la main, même quand il ferait mieux de la garder dans la poche. Sa voix lumineuse, pleine d’élan, donne à Alfredo ce côté sincère, presque trop : on le voit tomber amoureux, se brûler, et foncer droit dans le mur comme un adolescent romantique.

Et puis il y a le père, Anthony Clark Evans : baryton solide, présence magnétique, il déboule sur scène avec cette autorité tranquille des mecs qui ont raison même quand ils ont tort. Son duo avec Violetta, c’est un des grands moments du spectacle – tu sens la tension, la tendresse contenue, la cruauté involontaire. Bref, ça griffe un peu.

Le tout est dirigé par Dayner Tafur-Díaz, un chef péruvien aussi précis qu’électrique, qui tire de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen des couleurs fines, nerveuses, presque cinématographiques. Le gars ne se contente pas de battre la mesure : il fait respirer la partition, accélère là où il faut, suspend le temps juste avant que la tragédie n’explose. Résultat : tu ressors un peu lessivé, mais heureux. Tout ça pour un mec qui n’a pas 30 ans, moi je dis chapeau.. ;.

Une Traviata filmée et diffusée partout !

Ce qui fait la particularité de cette production, c’est son ambition : tout le monde peut la voir. L’opéra a été filmé et retransmis gratuitement dans des cinémas, des salles de concert, et même des places publiques. Si tu te baladais en Normandie ce mois-ci, tu pouvais tomber sur Violetta en train d’agoniser sur un écran géant entre deux food-trucks.

Ce n’est pas la première fois que l’Opéra de Rouen fait le coup : chaque année, il envoie ainsi un peu de grand art dans les rues, histoire de rappeler que l’opéra, ce n’est pas réservé aux gens en smoking ou aux profs de solfège. Et franchement, ça marche : c’est toujours plein à craquer, les gamins restent bouche bée, et les grands sifflotent les thèmes des chœurs sur la route du retour.

Alors oui, soyons honnêtes : rien ne vaut le direct. Le souffle des chanteurs, les cordes qui vibrent, la salle qui retient son souffle avant un aigu, ça, aucune caméra ne peut te le donner. Mais cette version filmée, c’est une formidable porte d’entrée. Si tu n’as jamais osé pousser la porte d’un opéra, commence par là. Promis, personne ne t’en voudra de manger du pop-corn devant Verdi (et moi, j’y étais avec un bon kebab).

Mon avis très partial sur cette Traviata de l’Opéra de Rouen

Alors, cette Traviata Rouen 2025, est-ce qu’elle vaut le détour ? Oui, mais pas pour les mêmes raisons que d’habitude.

La mise en scène minimaliste fonctionne par moments comme une claque : pas de froufrous, pas de flonflons, juste les émotions à vif. Tu vois les corps respirer, les regards se croiser, et tout devient presque trop intime, comme si tu étais dans la pièce avec eux. Parfois, ça frôle le génie. D’autres fois, ça fait un peu “théâtre d’impro au fond d’un hangar”, mais l’intention est là, sincère.

Côté chant, j’ai adoré la Violetta de Lehnea : elle n’a peut-être pas la rondeur classique des grandes italiennes, mais elle apporte une fraîcheur bienvenue. Elle est hyper expressive, on y croit à fond ! On adhère carrément à sa douleur, à sa rage, à ses contradictions. Sánchez, lui, joue l’Alfredo fougueux, un peu brut, avec des élans qui partent dans tous les sens. Mais c’est justement ce qui le rend touchant. Et le père Germont ? Impeccable. On sent qu’il a roulé sa bosse, qu’il connaît son Verdi sur le bout de la cravate.

L’orchestre, sous la baguette de Tafur-Díaz, donne un coup de jeune à la partition : tempos vifs, cordes qui claquent, cuivres qui brillent. C’est un Verdi sans naphtaline. Par moments, ça frise la tempête, et c’est très bien comme ça.

Bref, si tu veux mon avis : une Traviata sincère, nerveuse, mais toujours vivante. Pas de quoi révolutionner le monde de l’opéra, mais de quoi lui redonner un bon coup de blush. Et si tu hésites encore à aller à l’opéra, dis-toi juste que c’est comme une série Netflix, mais en vrai. Et pour ton plu grand bonheur, la captation est aujourd’hui disponible sur youtube, alors je te le mets en-dessous comme ça , zou ! Plus d’excuse !