Oublie tout de suite l’image du compositeur coincé derrière son pupitre : avec le film Boléro, Maurice Ravel débarque sur grand écran en mode rockstar du classique, génie tourmenté et roi du riff répétitif. Entre crises de panique, coups de génie et orchestre en transe, ce film te plonge dans les coulisses d’un tube planétaire qu’on croyait réservé aux salles feutrée, et qui finit par faire danser la planète entière. Aujourd’hui je t’emmène à la découverte d’un film pas mal fait du tout du point de vue de la musicos, et qui a réussi à rendre la musique classique aussi sexy qu’un solo de guitare électrique bien léché : on parle de Boléro, bien sûr !
Quand le génie de Ravel se prend les pieds dans la danse
Maurice Ravel, c’est pas le gars qu’on invite à une soirée pour jouer trois accords à la guitare. Non. Lui, il débarque, il te sort des harmonies qui font pleurer ton piano. Au début, il se prend quand même quelques râteaux (le fameux prix de Rome, qu’il voit passer comme un train qu’on rate à la bourre). Mais il ne lâche pas l’affaire. Années folles, Paris qui swingue, et bim : Ida Rubinstein, la diva du moment, lui commande un ballet. Sauf que Maurice, il a le syndrome de la page blanche puissance mille ; il rumine, il cogite, il se perd dans ses souvenirs, ses amours impossibles avec Misia Sert (sa muse adorée d’amour), et tout le tralala.
Et puis, un jour, l’inspiration lui tombe dessus façon marteau-piqueur : le rythme d’une usine, le tic-tac du temps, et voilà qu’il pond le Boléro. Un tube hypnotique, construit comme une machine, qui va faire danser la planète entière. Le film, c’est ça : un Ravel fragile, génial, qui se bat avec ses démons et qui, entre deux crises de doute, balance une œuvre qui va traverser les siècles. Bref, du génie à l’état brut, avec des failles en guise de carburant.
Le Boléro, le tube le plus connu de Ravel
Le Boléro, c’est un peu le coup de poker de Ravel : un truc qu’il pensait bancal, presque désespéré, et qui a explosé en triomphe total, au point de surprendre tout le monde (surtout lui !). A la fin d’une des premières représentations, une vieille dame dans la salle crie au fou. Maurice, imperturbable, répond à son frère, «En voilà au moins une qui a compris ». Il aurait même dit plus tard : « Je n’ai écrit qu’un seul chef-d’œuvre, le Boléro, malheureusement il ne contient pas de musique ». C’est dire s’il aimait sa production !
Le Boléro, ce n’est pas juste une musique, c’est un phénomène. Pensé pour être un ballet, il a été réinventé par une flopée de chorégraphes, d’Ida Rubinstein à Béjart, chacun y mettant sa patte. Et pourtant, la partition est minimaliste : une poignée de pages, deux thèmes, un rythme qui tourne en boucle, et un bis repetita qui fait toute la magie. Seize minutes à répéter le même motif, mais avec une montée en puissance orchestrale qui finit par te scotcher. Il paraît qu’il est joué toutes les 15 minutes quelque part dans le monde. Autrement dit, à l’échelle de la planète, le Boléro ne s’arrête jamais de tourner !
Ce Boléro, c’est un des tubes planétaires du classique, joué partout, tout le temps. Et pourtant à la base, Ravel voulait juste tenter un coup, presque plus une expérimentation qu’une composition. Il paraît même qu’il craignait un peu que ce morceau ne contribue à sa postérité. Au final, c’est l’œuvre la plus intime et révolutionnaire de Ravel ; un chef-d’œuvre simple en apparence, mais d’une complexité et d’une force folle !
Quand l’orchestre devient la star du film : un tournage en mode symphonie
Pour les scènes d’orchestre dans « Boléro », on n’a pas fait semblant : Raphaël Personnaz, alias Ravel, a bossé dur pour apprendre à mener la baguette comme un vrai chef, histoire de pas avoir l’air d’un touriste devant les musiciens. Pas question de faire du play-back ou de l’air-conducting, non, il fallait que ça claque à l’écran.
Et côté mise en scène, c’est pas juste trois violons alignés façon kermesse. Les musiciens sont carrément installés en spirale autour des percus, ambiance lanterne magique : chaque instrumentiste baigne dans une lumière colorée qui matche avec sa partie (thème, ostinato, ou rythme qui tourne en boucle). D’ailleurs, les figurants de l’orchestre sont de vrais musiciens qui, pendant les prises de vues, ont réellement joué la musique que tu entends dans le film. Plus réaliste, tu meurs ! La caméra, elle, s’en donne à cœur joie : gros plans sur les mains qui s’agitent, visages concentrés, plans qui tournent au-dessus de l’orchestre, tout pour te faire sentir au cœur de la machine infernale du Boléro. Résultat : t’es embarqué direct dans le crescendo, comme si t’étais assis au milieu des musiciens, à vivre la montée en transe de l’œuvre. Bref, un vrai shoot d’adrénaline orchestrale.
Ravel fait swinguer la musique classique
Si tu m’as déjà un peu lue par ici, tu sais que le but de cette modeste tribune est de te prouver que non, la musique classique n’est pas élitiste, qu’il ne faut pas l’opposer aux musiques actuelles ou trad, et que oui bon sang, c’est fait pour tout le monde, y compris pour des fans de musique électro. Alors tu imagine bien que le film dont on parle aujourd’hui s’inscrit totalement dans ce discours (omme quoi, on ne dirait pas, mais j’ai une certaine logique, tout de même !).
Un film comme « Boléro », ça peut ramener le grand public vers la musique classique, et pas qu’un peu. D’abord, c’est le pouvoir du biopic qui fait mouche : tu découvres Ravel, pas juste le génie distant, mais le gars qui galère, doute, s’arrache les cheveux pour pondre son chef-d’œuvre ; bref, ça humanise le compositeur et ça accroche même ceux qui n’ont jamais mis un pied à l’Opéra.
Ensuite, le film te bombarde de musique à chaque scène : répétitions, extraits, orchestre en transe : tu ressors avec le Boléro dans la tête, même si tu es venu par hasard. Enfin, la mise en scène visuelle, avec ses lumières, ses plans serrés sur les musiciens et la montée en puissance du morceau, te colle littéralement au siège : tu vis la musique, tu la sens, tu la piges sans avoir besoin de solfège. Résultat, le classique devient pop, et tu te rends compte que c’est carrément cool (puisque je te le dis !).
Aller et rien que pour se faire plaisir, je te mets une minuscule playlist avec la version chorégraphiée par Maurice Béjart du Boléro (j’adoooooore ce ballet, même si ma version préférée n’est pas celle de Jorge Donn). J’y rajoute la bande annonce du film ; si tu ne l’as pas vu, ça te donnera peut-être envie ?
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