Rossini en roue libre : Bastille se paye un Barbier survitaminé

Il a presque un an, le Père Noël m’a apporté dans sa hotte un super cadeau (enfin plusieurs, mais c’est de celui-là dont je veux te parler) : des places de concert pour aller voir le Barbier de Séville à l’Opéra Bastille. Alors, outre que cet opéra est un de mes préférés (il me connaît bien ce Père Noël, décidément !), je n’ai pas souvent la chance d’aller voir un opéra aussi bien placée. Souvent, je me contente d’une place de dernière minute à 10€ dans le pigeonnier où tu entends très bien, mais où tu n’es pas forcément super bien assis et où parfois tu ne vois pas super bien. Donc là c’était royal ! Et je me suis dit que c’était l’occasion de commencer une nouvelle série sur les spectacles que je vais voir, pour t’en faire pleinement profiter !

le barbier de séville opéra Bastille

Où, qui, quelle folie ?

Juillet 2025, Opéra Bastille. Je m’installe dans cette salle immense qui fait toujours un peu l’effet d’un vaisseau spatial prêt à décoller. En plus ce sont des super places, premier balcon, en plein milieu. Et comme vraiment j’étais veinarde ce jour-là, il y avait quelques places libres plus en avant et l’ouvreuse nous a proposé de nous avancer. Voilà, deuxième rang du premier balcon, en plein milieu, vue plongeante sur la fosse et la scène. Ça s’annonce plutôt pas mal !

À l’affiche ce soir : Le Barbier de Séville. Et cette reprise signée Damiano Michieletto, ce n’est pas juste une rediffusion, c’est un véritabe tour de manège. La scène se transforme en immeuble méditerranéen tout droit sorti d’un film italien des années 60, avec ses balcons, ses escaliers, ses fenêtres qui claquent et ses rideaux qui volent.

Un décor tournant (littéralement) qui te balade d’une façade de quartier populaire à l’intérieur de chez Bartolo en un demi-tour bien calé. On est loin du carton-pâte : tout bouge, tout vit, ça court dans tous les sens, et les chanteurs font plus de sport qu’un cast de comédie musicale.

À la baguette, Diego Matheuz, qui ne dirige pas, il propulse. Ça file droit, ça pulse, les crescendi montent comme une cocotte-minute, et l’Orchestre de l’Opéra de Paris suit avec une précision redoutable. Ça swingue, ça respire, ça dialogue avec la scène. Tu sens que tout le monde a bossé. Fort.

Et puis les chanteurs. Mattia Olivieri en Figaro, c’est un ovni. Le type entre, et en trois secondes, il a mis la salle dans sa poche. Il chante, il bouge, il blague, il gère les gags et les vocalises comme s’il était né pour ça. Isabel Leonard, en Rosine, c’est la malice incarnée. Une Rosine vive, joueuse, jamais figée dans la caricature de la jeune fille sage qui rêve d’amour. Non, elle pique, elle répond, elle menace avec un couteau, et elle envoie du son comme du style. Et puis Levy Sekgapane en Almaviva : des aigus qui frisent l’insolence, une énergie de galopin en mission séduction, même si parfois la salle immense de Bastille mange un peu certaines subtilités.

Bref, sur scène comme dans la fosse, ça fuse, ça claque, ça s’éclate. Et moi, dans mon fauteuil, je me dis que si tous les « grands classiques » pouvaient être aussi vivants, on ne râlerait plus jamais en voyant encore une énième Barbier de Séville à l’affiche.

Mon verdict (en mode spectatrice exigeante mais ravie)

Franchement, j’en suis ressortie avec la banane. Ce Barbier à Bastille ne révolutionne pas l’opéra, mais il le magnifie : il montre qu’avec du style, de l’humour, et une distribution en confiance, même une œuvre très jouée (trop ?) peut retrouver une fraîcheur éclatante.

L’énergie était dingue. Bien sur c’est Rossini qui veut ça, mais la mise en scène magnifie tout ça. On ne s’ennuie jamais. Le rythme imposé par la mise en scène est haletant : escalier, porte, balcon, changement de décor tournant, tout concourt à un spectacle qui pulse. Tu sens que Michieletto veut que chaque instant compte. Après, l’effet décor tournant est génial visuellement, mais parfois distrayant ou presque gadget. Certains changements ralentissent le flux, ou détournent l’attention. Mais dans l’ensemble, le spectacle est équilibré et ça rend carrément bien ! Ce que j’ai adoré, c’est cette impression que Rossini, Michieletto et les chanteurs t’embarquent dans une fête : celle du bel canto, celle du comique, celle de la virtuosité.