Les chants au Moyen Age

La musique Moyen Âge, ça t’évoque quoi ? Des chants mystérieux, des ménestrels en pelisse et des cloches d’église ? T’as pas tout faux. Depuis que je t’ai partagé un Classique : Coulisses et Couacs sur un concert de chants traditionnels, tu sais que ce répertoire ancien mais fascinant mérite qu’on s’y plonge. Pourtant, ça reste flou. Alors aujourd’hui, je te balance une dose de musique du Moyen Age, histoire que tu comprennes enfin en quoi ça consiste, de la sobriété religieuse au délire polyphonique qui suit. Enfile ta tunique, tes chausses et ta pelisse, je t’emmène au Moyen Age rencontrer les vrais ménestrels !

Illustration de troubadours et moines chantant au Moyen Âge, entre tradition et poésie sonore.

La musique du Haut Moyen Âge : simplicité et monodie

D’abord, la musique au Moyen Âge, c’est monodique. On commence tout de suite par un terme barbare qui dit tout bêtement qu’il ne s’agit que d’une seule ligne mélodique. Il peut y avoir plusieurs chanteurs, oui, mais tous en chœur sur la même voix. Simple et efficace. Genre chant grégorien, a capella, en latin. C’est comme l’architecture romane : solide, épuré, presque austère. À un moment, ça évolue. On invente le chant byzantin en refrain/couplets, et même les idiots du village peuvent suivre (rapport aux répétitions des couplets et des refrains, plus facile à mémoriser). Transition ? Facile : la musique parle à tous.

Des ménestrels aux goliards : musique profane et satire

Mais la musique au Moyen Âge ne se limite pas aux églises. Il y a aussi les chants populaires et les danses transmises oralement, souvent à l’occasion de fêtes. C’est là qu’on retrouve les ménestrels, ces musiciens itinérants qui chantent des récits d’amour courtois ou de gestes héroïques. À côté, les goliards, clercs satiriques, se moquent du pouvoir, de l’Église, et des puissants. Ces lascars chantent à l’occasion des chansons à boire déjantées, ou racontent des histoires de débauche et de luxure. Ah ben c’est beau tout ça !

Ars Antiqua puis Ars Nova : bienvenue à la polyphonie

Au IXᵉ siècle, on en a assez de la répétition. Un moine ajoute une deuxième voix : c’est une révolution. Ça débouche sur la polyphonie (étymologiquement : plusieurs voix). La musique du Moyen Âge devient complexe : harmonie, contrepoint, rythme noté. C’est aussi le moment où on invente la notion de rythme écrit. Cette évolution s’appelle l’Ars Antiqua. Puis vient l’Ars Nova : plus audacieux, plus orné, parfois si subtil qu’on l’appelle Ars subtilior (le plus subtile, c’est beau !). Mais toujours, cette musique puise ses racines dans le Moyen Âge profond.

Au passage, ces évolutions se mettent en place dans des écoles situées dans des églises, et en lien avec le développement de l’art gothique. C’est d’ailleurs assez rigolo de constater que l’ajout de fioritures en musique concorde avec celles que l’on taille dans la pierre ! Oui, ben on a le sens de l’humour qu’on mérite, que veux-tu …

Troubadours et trouvères : poésie chantée

Ensuite, on voit débarquer les troubadours (langue d’oc) et trouvères (langue d’oïl). Ce sont des poètes-compositeurs accompagnés par des musiciens. Leur écriture dépasse celle des ménestrels. La musique du Moyen Âge se professionnalise, devient plus littéraire, plus recherchée. Elle remplace progressivement les formes plus rudimentaires.

Quant aux instruments, ils sont très peu présents dans la musique sacrée ; mais on les rencontre volontiers dans la musique profane ! Il y a déjà toutes sortes de tambours, de flûtes (traversière, à bec), d’instruments à cordes pincées (luth, mandore, guiterne et autre psaltérion), quelques instruments à cordes frottées (la lyre byzantine par exemple), et même des ancêtres des cuivres (cornet à bouquin).

Aux origines de l’écriture musicale

L’écriture de la musique ne date pas du Moyen-Age : on a retrouvé des partitions en cunéiforme datant de 1400 av J.C., et des système de notation avec des lettres pour instrument ou pour chanteurs (comme les tablatures de musiques actuelles !) à l’époque greco-romaine.

Les limites des anciens systèmes de notation

Mais bon, soyons clairs : ces systèmes, aussi ingénieux soient-ils, n’étaient ni généralisés ni adaptés à la subtilité des chants du Moyen Âge. À l’époque de l’Ars Antiqua, les moines commencent alors à gribouiller des neums au-dessus des textes. Ces petits signes bizarres imitaient les gestes du chef de chœur et servaient à indiquer le phrasé et le rythme. On est encore loin de nos partitions modernes, mais c’est un début.

La naissance de la portée (et en couleur, s’il te plaît)

Assez vite ça ne suffit pas, et un moine pas bête rajoute une ligne pour donner un idée de la hauteur des notes. Quelques décennies plus tard, une deuxième ligne est rajoutée. C’est la première porté. Mais si, tu sais : ce sont les lignes sur lesquelles sont accrochées les notes de musique. Et comme je m’extasie sur des détails sans importance, sache qu’au début, ces deux lignes sont jaune et rouge. Si c’est pas mignon tout ça !

Mais il faut très vite préciser de plus en plus les hauteurs de notes, et on rajoute d’autres lignes, pour arriver à quatre (pour le chant grégorien) ou cinq (pour le reste). Les neums deviennent carrés pour rentrer entre les lignes.

Et le rythme, on en parle ?

Si jusque-là, les moinillons ont bien bossé sur les questions de justesse et d’harmonie en fixant les hauteurs des neums sur la portée, ils ont complètement laissé tomber le rythme. Or avec l’Ars nova, les musiciens vont en avoir sacrément besoin ! Alors la notation change : les notes prennent des formes différentes en fonction de leur durée (carré, losange, rectangle, …). On arrive petit à petit au système qui ressemble à celui que tu connais (fais pas genre, t’as forcément déjà croisé un bout de partition quelque part). Petit détail rigolo : les notes s’arrondiront avec le développement de l’imprimerie musicale. Il paraît que la forme ronde était plus facile à tailler que les carrés pour les personnes qui façonnaient les caractères d’imprimerie. Ça tient à peu de choses, tout de même !

C’est bien joli, mais j’écoute quoi ?

Si tu veux te mettre à la musique du Moyen Age, commence d’abord par du chant grégorien. Tu n’es même pas obligé d’aimer (en même temps ça rend carrément mieux en concert dans une église que sur ton portable), mais ça te permet de te rendre compte du chemin parcouru entre ça et la suite !

Ensuite je te mets un peu de musique sacrée  : un extrait de la messe Notre Dame écrite par Guillaume de Machaut, compositeur phare de l’Ars nova. Et puis de la musique et de cour, histoire d’entendre les différences.

Et si tu as envie d’en entendre plus, je t’ai mis quelques exemples de chansons profanes (les plus rigolotes à mon humble avis) dans ce Classique : Coulisses et Couacs qui te raconte un concert de chants traditionnels anciens.

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