Vivaldi, ou la diva de Venise !

Bon, Vivaldi ; lui c’est pareil, tout le monde a déjà entendu son nom au moins une fois, même sans connaître vraiment sa musique. En attendant, il n’est pas le compositeur le plus facile à cerner, parce qu’il a été complètement oublié à sa mort, et redécouvert très tardivement. Par exemple on ne connaît ses dates de naissance et de mort que depuis la deuxième moitié du XXè siècle ! Autrement dit, il reste plein de zones d’ombres dans sa vie, et sa biographie officielle est aussi trouée qu’une meule de gruyère… Mais ne t’inquiète pas, je te réserve quand même quelques infos sérieuses à son sujet, noyées dans une marée de fun facts comme on les aime. Allez c’est parti, aujourd’hui on s’attaque à Vivaldi, la grande diva de Venise !

portrait Antonio Vivaldi prêtre roux compositeur à Venise des Quatre Saisons

Une vie de musicien, prof, compositeur, chef d’orchestre, impresario à 100 à l’heure !

Vivaldi a appris très tôt le violon avec son papounet (violoniste pro à la basilique Saint Marc, ça en jette !) ; il y était très précoce et très doué. A tel point qu’il a parfois remplacé son paternel, et qu’à 18 ans il est reçu membre de la guilde des musiciens de la ville.

A 25 ans il est engagé comme prof de violon par le Pio Ospedale della Pietà (la Pietà pour les intimes, ou en bon français, la Pitié), qui est un hospice et un orphelinat. Oui mais alors, là faut qu’on fasse une pause pour que je t’explique. A Venise à cette époque-là, il y a quatre grandes institutions (forcément) religieuses de ce type ; et ces orphelinats, ce ne sont pas juste des bonnes sœurs avec des mômes en haillons. Non, ce sont des conservatoires de musique de haut vol, qui délivrent une éducation très poussée et reconnue. Et évidemment, la Pietà est la plus prestigieuse des quatre.

L’inconvénient de ce type de poste, c’est qu’il est soumis au vote des administrateurs ; et comme Vivaldi avait un vrai caractère de diva, il n’a pas toujours été reconduit dans ses activités de prof. Mais au début de sa carrière ça se passe bien ; d’ailleurs, on lui confie les cours de composition en plus des cours de violon,. Ça montre au passage qu’à ce moment-là, il a déjà une solide réputation de compositeur ! Faut dire qu’avoir sous la main une armée de jeunes musiciennes (à la Pietà, il n’y a que des filles) bourrées de talent, qui ne sont pas payées et qui ne comptent pas leurs heures de boulot, ça aide pour tenter des choses en composition. Donc il tente, il fait jouer, et il excelle.

A 35 ans, en plus de ses cours, de la composition de ses œuvres et de la direction des musiciens qui jouent ses œuvres, il commence un nouveau boulot : il devient impresario  ! Et à l’époque, ce métier recouvre encore plus de responsabilité, car il s’agit de faire l’impresario, le directeur de théâtre (comprendre de l’opéra), et le directeur artistique, tout ça à la fois. Autant te dire que là, niveau finance, ça baigne !

Les années où il n’est pas reconduit à la Pietà à cause de son fichu caractère, il en profite pour faire des voyages dans différentes villes d’Italie et d’Europe pour se faire sa pub. Il est notamment reçu par le Pape (Benoît XIII), et l’Empereur du St Empire Germanique (Charles VI), rien que ça. Il fait éditer ses partitions à Amsterdam, haut lieu pour cette activité dans toute l’Europe. Mais à chaque fois il rentre à Venise et est rappelé à la Pietà (cas classique du « je t’aime – moi non plus »). Jusqu’au jour où il se rend compte qu’il est passé de mode (ça c’est moche pour une diva !) ; c’est un vieux monsieur (pour l’époque) de presque 60 ans. Il décide alors de raccrocher la plume et d’émigrer à Vienne, tout seul.

La vie perso énigmatique d’Antonio Vivaldi

Vivaldi, Antonio de son petit nom, est né à Venise en 1678 (en plein pendant le règne de Louis XIV en France). Son papounet était barbier, et violoniste. Mamounette, elle, était la fille d’un tailleur et a eu neuf enfants avec Papounet, ce qui lui a donné du boulot à plein temps !

Vivaldi la diva ne s’est jamais marié (et je te garde la raison du pourquoi du comment dans les fun facts ! Ah quel suspense …), mais il a fréquenté de (très) près une musicienne de la Pietà du doux nom d’Anna Giro. Enfin, il a fréquenté Anna et sa sœur Paolina. Deux de ses élèves. En même temps. Non non, aucun problème…

Alors fréquenté … bon c’est vague ! En réalité évidemment on a la preuve de rien du tout. N’empêche que tout en se gardant bien d’habiter au même endroit que ces demoiselles, il en a fait ses secrétaires, gouvernantes, accompagnatrices de voyages, dames de compagnie et cantatrice fétiche pour la première d’entre elles. Et bien entendu, les bonnes gens de l’époque en ont fait des gorges chaudes et leurs choux gras  !

Après avoir vécu très confortablement pendant des années (en jetant l’argent par les fenêtres), le départ pour Vienne à la fin de sa carrière se fait dans des circonstances beaucoup plus miséreuses. A vrai dire on ne sait pas trop comment il a vécu ses derniers mois, sinon qu’il se faisait un peu d’argent en vendant les manuscrits de ses partitions. Ça a dû être quelque peu tristounet …

Sa mort en 1741 est passée totalement inaperçue à Venise. Son enterrement a été célébré dans l’église St Etienne de Vienne, avec la procédure appliquée aux indigents (c’est dire à quel point c’était devenu la misère). On dit (et c’est tout à fait possible, car les dates se recoupent bien !) que dans les chœurs qui ont chanté pour cette messe, il y avait un jeune garçon du nom de Joseph Haydn.

Le virtuose et le compositeur génial

Avant toute chose, Vivaldi la diva est un immense virtuose du violon ; tous les témoins de l’époque en attestent. Il a contribué à développer le jeu violonistique avec un tas de nouvelles techniques originales, notamment d’archet.

Mais là où il a laissé une trace dans l’histoire de la musique, c’est en tant que compositeur. D’abord, il a une production d’œuvres incroyablement prolifique, avec un style très particulier et reconnaissable. Cela fera dire à ses détracteurs que Vivaldi a écrit un centaine de fois le même concerto. Lui préférait mettre l’accent sur sa vitesse d’écriture ; un poil vantard, il affirmait composer un concerto plus rapidement que le copiste ne pouvait le retranscrire !

En tout cas, il est considéré comme l’un des plus grands compositeurs de la période baroque (va lire ce Classique 101 sur les grandes périodes musicales de la musique dite classique), notamment en tant que créateur de la forme du concerto de soliste en trois mouvements ; celle-ci a été reprise par Big Boss Bach et de très nombreux compositeurs à sa suite.

En parlant de Bach, il connaissait les compositions de Vivaldi la diva grâce à leurs éditions successives. Il les a tellement appréciées qu’il en a transcrit plusieurs pour clavier. C’est un peu plus que faire du copier-coller, mais c’est assez troublant d’entendre à la suite a version initiale puis la retranscription de Big Boss Bach (par exemple le Concerto N°10 en Si mineur pour quatre violons).

Là où ça devient compliqué, c’est le conseil d’écoute d’œuvres de la diva Vivaldi ! Pour rester dans le thème précédent, on peut aller écouter le concerto que je viens de citer (qui est hyper kiffant à jouer, notamment le dernier mouvement), et sa retranscription par Big Boss Bach pour clavier. Ensuite évidemment on peut chercher les Quatre Saisons. Mais là dedans (ça fait quand même quatre concertos en entier, un par saison, faut être logique !), pour te prouver à quel point cette musique ça décoiffe et c’est rock, je te conseille de trouver des versions à la guitare électrique (oui oui !) ; il y en a pour l’Eté et l’Hiver notamment. Et ensuite pour ne pas mourir bête, va écouter la version au violon (la guitare électrique de l’époque !) ; moi je trouve ça bluffant. Dernier conseil d’écoute, le concerto pour mandoline ; j’adoooore ! C’est tout mignon, et là encore c’est un précurseur de la guitare. Évidemment si ça t’a plu, n’hésites pas à aller plus loin, il y a des centaines d’œuvres à découvrir. Et parce qu’on n’en a jamais assez, je te mets en petit bonus le live de Nigel Kennedy, qui te montre à quel point Vivaldi peut être rock !

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Prêtre roux, Da Vinci Code et autres fun facts

Allez on commence par le fun fact le plus inattendu : si Vivaldi ne s’est jamais marié, c’est parce qu’il était prêtre ; eh ouais ! A cette époque on devient ecclésiastique pour des raisons de carrière et on ne s’embarrasse pas trop du reste. Et comme il était roux (comme son papounet !), il est très connu sous son sobriquet de l’époque, le Prêtre roux (ou en bon italien, il Prete rosso).

Bref il est ordonné prêtre à 25 ans, mais il arrête de célébrer la messe trois ans après. C’est soi-disant en raison de son asthme, qui l’aurait interrompu à plusieurs reprises lors des cérémonies religieuses et l’aurait contraint à des replis stratégiques dans la sacristie. Les mauvaises langues disent qu’il s’arrêtait plutôt dans ses offices en raison d’inspirations musicales qu’il devait absolument jeter sur le papier dans l’instant !

En parlant d’asthme, Vivaldi s’est servi de cette excuse pour être dispensé de célébrer l’office religieux, mais également afin d’éviter tout effort physique. Il se targuait ainsi de ne se déplacer qu’en gondole ou en carrosse ; quand je te dis que c’est une diva ! Loin de moi l’idée de nier les difficultés engendrées par cette affection. Mais dans le cas de Vivaldi, on peut légitimement soulever un sourcil interrogateur, dans la mesure où son asthme l’empêchait de se déplacer à pied ou de célébrer la messe, mais pas de voyager à travers toute l’Europe, ni de diriger un orchestre en concert, ou de mener une carrière trépidante en cumulant les jobs de musicien, prof, compositeur et impresario. Comme quoi tout arrive, même les miracles !

A l’instar de toute diva, Vivaldi avait besoin d’une petite cour. Il était donc toujours accompagné d’un aréopage de jeunes femmes, qui d’après lui connaissaient bien ses infirmités (décidément …) et lui étaient d’un grand secours. Jusqu’à preuve du contraire, c’était des relations tout ce qu’il y a de plus chastes ; n’empêche qu’elles ont fait scandale à l’époque (vous imaginez, un prêtre !).

Pour terminer cette partie de fun facts, je te raconte l’histoire d’une quête. Tout commence en 1926 quand le directeur du collège d’une petite ville du Nord de l’Italie décide de rénover son établissement. Comme il n’a pas beaucoup de sous, il décide de vendre une pile de vieux papiers qu’un particulier a léguée à la bibliothèque du collège. Mais pour connaître leur valeur et ne pas se faire entourlouper par les antiquaires à qui il veut les vendre, il fait expertiser les manuscrits par la Bibliothèque Nationale Universitaire de Turin. Il s’avère que dans ces précieux papiers, se trouvaient une partie des partitions originales de Vivaldi ; et les experts comprennent tout de suite qu’il manque des volumes ! S’en suit alors une quête à travers l’Italie et l’arbre généalogique du donateur initial en mode Da Vinci Code (moins le tueur psychopathe lancé par le Vatican), pour retrouver les volumes de partitions manquants. Aujourd’hui encore, la Bibliothèque de Turin possède la plus grande collection d’originaux de Vivaldi.