Si tu as suivi les derniers articles de ce blog (l’inverse ne serait qu’outrecuidance !), tu connais déjà par cœur toute l’histoire de Carmen, cet opéra parmi les plus plus célèbres au monde. Si ce n’est pas le cas, va jeter un coup d’œil sur cet Opéra Soap, Petit Padawan. Tu y trouveras les résumés de l’Acte I, l’Acte II, l’Acte III et l’Acte IV, mais également une super présentation des personnages. Sache au passage que je te mitonne pour bientôt un Rockstar du Classique pour tout connaître de Bizet, comme ça on aura fait le tour de tout le monde !
Mais avant de fermer le chapitre Carmen, il me reste une dernière chose à te raconter. Car figure-toi que non contente d’adorer ce tube du classique, j’ai participé l’année dernière à une production pro de cet opéra. Alors bien sur, je m’en vais tout te raconter comme si tu y étais !
Choriste d’un jour, cigarière toujours !
Première question : mais alors, c’était au violon ou dans les chœurs ? Et ben figure-toi que c’était dans les chœurs. Dans les opéras, ce sont les choristes qui jouent les rôles de foules diverses et avariées. Donc quand tu es une nana dans Carmen, tu commences par être une cigarière, puis une bohémienne qui va faire de la contrebande, et enfin une habitante de Séville. Pas franchement des rôles titres, mais moi j’adore ça.
Bosser ses part’ comme une machine de guerre
Évidemment, le projet commence par le fait que tu dois bosser tes partitions (les part’, en langage musicos, hu hu) de ton côté pour être prêt pour le début des répet ; ça veut dire que le truc doit être su sur le bout des doigts, quasiment par cœur. Et en fait les parties de chœur c’est pas si évident à apprendre. Alors oui, Carmen est écrit en français donc quand tu parles la langue de Molière, ça aide à mémoriser.
Mais ce qui est compliqué, c’est qu’il faut être carrément au taquet ! Parce que tu peux être sur scène pendant 30 minutes et ne faire que de la figuration sans ouvrir le bec, et là paf ! Sortie de nul part, tu as une phrase à placer correctement au bon endroit. Et au début, le bon endroit, il n’est pas toujours facile à trouver !
En plus, inutile de compter sur le chef pour te donner le départ : il est tellement occupé entre sa soixantaine de musiciens, ses solistes sur scène et les différents go-top-départ du régisseur dans le coulisses, qu’il vaut mieux essayer de lui simplifier la tâche (même s’il connaît son boulot en général et qu’il te fait quand même partir).
Chef de chant ou demi-dieu du clavier ?
Après le boulot perso, on commence les répétitions de chœur. A cette occasion, la partie instrumentale est assurée par un pianiste, pas par l’orchestre entier. Parfois il s’agit du chef d’orchestre lui-même, mais très souvent c’est le chef de chant qui s’y colle. Et alors ce mec-là (puisque c’était le cas), c’est un balèze du piano.
Faut être super fort pour faire ce boulot, et tous ceux que j’ai croisés étaient des tronches pianistiques. Rend-toi compte : le mec est capable de jouer dans son intégralité une réduction d’orchestre (c’est-à dire une retranscription de la partition entière de l’orchestre pour un clavier de 88 touches) qui dure plusieurs heures, et de te parler (voire de te faire des blagues) ou de chanter les parties des solistes, tout en continuant de s’escrimer sur son clavier qu’il n’a même pas besoin de regarder. Et bien sûr après il corrige ce que tu fais parce que pendant ce temps il a quand même écouté et noté dans sa tête ce qu’il fallait revoir. Moi je dis chapeau …
Mise en scène, costumes et autres joyeusetés
Très vite, le metteur en scène nous emmène sur le plateau et nous répartit en plusieurs groupes de figurants (on va garder les mêmes groupes tout au long de l’opéra). Il nous donne ses indications et hop ! C’est parti pour les premiers essais de mise en scène.
Pour l’instant il n’y a toujours ni orchestre, ni soliste. Au milieu d’une journée de répétition, la chef costumière et la maquilleuse sont venues nous faire leur topo sur nos futurs accoutrements et peintures faciales. Et en fin de répét, quand tu es bien crevé comme il faut et que tu n’as qu’une envie c’est de t’effondrer dans ton lit, on a fait les essayages.
Planning ninja et répétitions furtives
Là, il s’est passé à peu près 5 jours, autrement dit, la moitié de la période de production. Les jours suivants, on a rajouté l’orchestre, puis les solistes. Alors évidemment, pendant les répétitions, le chœur ne chante pas tout le temps, puisqu’il y a de grands passages avec uniquement les solistes. Et pour éviter d’avoir 30 choristes bruyants dans les pattes pendant que les autres bossent, on les prie gentiment de ne pas venir à certains horaires.
En fait chaque soir après la dernière répétition (donc plutôt chaque matin très très tôt), on reçoit un planning pour le jour suivant, qui précise sur quels horaires tu dois être présent. Bon mais rien n’empêche d’aller quand même écouter le reste du boulot (ça aide pour la mémorisation de l’entièreté de l’œuvre, pour être au taquet pour sortir ta fameuse petite phrase de rien du tout, et puis c’est surtout troooooop cool de voir le truc se monter petit à petit !), et je ne m’en suis pas privée.
La colonelle, la générale… et le grand frisson !
Au bout de 8 jours, c’est déjà le moment de la répétition colonelle, puis de la générale (si tu ne sais pas ce que c’est, pas de panique : je te prépare un petit billet pour t’expliquer les différents types de répétitions ; tu vas devenir incollable !). On les fait sur les horaires des concerts pour se mettre en condition, avec costumes et maquillage.
Et t’as intérêt d’avoir fait le point sur tes accessoires et tes entrées/sorties de plateau pour ne rien oublier ! Au programme des jours suivants : trois représentations devant plus de 400 spectateurs à chaque fois, dans une immense salle genre Zénith. Alors bien sûr ce n’est pas un théâtre ou une salle où l’acoustique est prévue pour, et l’orchestre est entre la scène et les gradins du public au lieu d’être dans une fosse. Mais je pinaille.
Sur scène, sous les projecteurs et les étoiles dans les yeux
Avoir la chance de participer à ce projet d’opéra avec des chanteurs, musiciens, metteur en scène, régisseurs, costumières et maquilleuses professionnels (et j’en oublie forcément), c’était un truc incroyable.C’est la première fois que je faisais ça en chant, et c’est évidemment très différent de quand tu es dans l’orchestre, puisque tu montes sur scène !
Certes tu n’es pas tout seul sur le plateau, mais il y a quand même face à toi des centaines de personnes qui sont venues écouter et regarder ce spectacle de plusieurs heures, dont tu fais partie. Ça met une certaine pression, mais quel bonheur de participer à ce genre de projet ! Allez, rien que pour le plaisir, je te mets en-dessous l’ouverture de l’opéra ; ça te donnera une idée de la pêche, de l’exaltation, que dis-je, de la félicitude (au moins !) qu’on peut ressentir à faire partie intégrante de ce type de projet. Enjoy !