Cet été, il s’est passé un truc extraordinaire à Paris : un petit événement rassemblant quelques pays autour de vagues compétitions sportives, j’ai nommé les Jeux Olympiques, bien sûr ! Figure-toi qu’à cette occasion, j’ai participé à un concert pour le passage de la flamme olympique. Parce qu’il a fallu amener la flamme olympique de Marseille jusqu’à la capitale, en passant par Pétaouchnok-les-Oies et Trifouillis-les-Bains. Et à Tataouine‑la‑Galette, on nous a demandé un concert en extérieur, dans un stade, avec orchestre sonorisé et filmé. Bref, immersion dans ce concert pour le passage de la flamme olympique, version backstage totalement déjantée !
Logistique et soundcheck express
D’abord, quand on t’appelle comme ça, en gros tu fais une répétition, une répétition générale, le raccord le jour même et hop ! c’est le concert en question. Donc pas beaucoup de temps pour bosser, et il faut quand même que ce soit un poil propre. Prévoir le timing est essentiel. La flamme devait arriver au stade, en faire le tour, se faire relayer, entendre un speech, et repartir.
Donc il faut un programme à peu près chronométré pour que tout soit à peu près synchronisé (et non, pas de clic comme en musiques actuelles !). En plus imagine-toi : tu es installé dans des gradins de stade, donc tu n’as pas du tout la même place que d’habitude. Et puis tu n’as pas non plus les mêmes repères auditifs qu’habituellement, car les instruments ne sont pas positionnés à leur place « normale » dans l’orchestre.
Son, caméras et « style stade » : bienvenue sur le plateau
Le concert pour le passage de la flamme olympique s’est fait en extérieur, dans un stade. À 50 mètres, sans micros, tu n’entends rien. Résultat : sonorisation obligatoire et caméras pour les écrans géants. On arrive en car affrété, routes fermées, vérifications d’identité, café à 7h30. On a droit à une balance son pendant deux heures, puis c’est le départ des gradins pour laisser place au public, pile au moment prévu pour manger (oui, ça fait tôt). On commence à baffrer, et là, c’est la cata. L’organisation annonce que la flamme arrive une heure plus tôt que prévu, c’est à dire dans 30 minutes. Panique à bord.
Dans la panique, tenue de concert et placement express
Sauf que nous on était sensé jouer avant son arrivée, pendant qu’elle faisait le tour du stade, et pour son départ ! Donc ni une ni deux, on se précipite pour se changer en tenue de concert. Conseil d’amie : ne jamais, je dis bien jamais, manger en tenue de concert. Il n’en sort que des catastrophes en mode grosse tache de mayo sur ta veste de costard impeccable !
Et avant qu’on ne commence à jouer, l’organisation fait rentrer tous les gamins de toutes les écoles de la ville dans la partie du gradin qu’on n’occupait pas ; et ils étaient des centaines ! Alors super idée pour les gosses, ils étaient mimi tout plein avec leurs t-shirt aux couleurs des anneaux ; mais bonjour le bruit, même quand tu joues !
Timing troué : couper, sauter, improviser
À ce concert pour le passage de la flamme olympique, la flamme passe, la fanfare joue, le discours attaque… et certaines coupes prévues sur la partition ne tombent pas au bon moment. Normal : pas de « clic » chronométré, le chef improvise. L’arrêt de la musique intervient à une fin de phrase musicale plutôt qu’au bon endroit. Heureusement, l’orchestre regarde le chef, pas la partition… Ouf !
Téléphone arabe, talkie panic, ordre revu
Après l’arrêt improvisé, on doit reprendre, mais dans un nouvel ordre. Le chef hurle le nom de la pièce à 50 mètres. Le speaker crie dans son micro. Musiciens entendent rien. On passe les consignes par téléphone arabe, on change les partitions à la va-vite, la nana au talkie donne le top puis le retire, le chef répond : « Trop tard, on joue, on stoppe pas ! ». Bref, chaos organisé.
Et le programme dans tout ça ?
Pour finir, le programme était assez sympa. Je te mets en dessous une playlist avec quelques exemples. Il y avait notamment l’Olympic Fanfare de John Williams (de circonstance !), le Galop infernal d’Orphée aux Enfers d’Offnbach (mais siiiii, c’est le French Cancan !!), l’Ode à la Joie de Beethoven ré-arrangée sans chœurs, un petit bout de Carmen et quelques medleys de musiques de films solennels à souhait pour marquer le coup.
Sauf que la nana avec le talkie à côté du chef qui devait nous donner les tops départ était stressée comme pas possible et qu’elle s’est plantée deux fois (heureusement le chef ne l’a pas suivie !). Et sauf que la coupure prévue pour l’arrêt de la flamme pour écouter le fameux speech ne s’est pas faite à l’endroit prévu.
Verdict : un concert pour le passage de la flamme olympique réussit malgré tout
Enfin ce concert pour le passage de la flamme olympique s’est quand même bien passé. Le public était ravi, les organisateurs satisfaits. Le stress est retombé. Résultat : la conviction que la vie d’un musicien, même amateur, n’est jamais de tout repos.
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Là je m’arrête et je t’explique : en musique classique, tout est écrit. Donc quand tu fais un événement comme ça où tu tronçonnes le morceau pour un truc particulier (ici, l’écoute du speech), tu l’écris sur ta partition, histoire de ne pas te planter. Genre tu fais une énoooorme barre, ou tu dessines un grand panneau stop, ou tu stabilotes le truc. Parce que continuer tout seul alors que les 60 autres musiciens se sont arrêtés, ça la fout mal. Bon ben là, vu qu’on n’était pas dans les clous niveaux timing (flamme en avance, pas de clic, etc), l’arrêt ne s’est pas fait sur le même morceau, à un endroit absolument pas prévu (mais quand même à la fin d’une phrase musicale, le chef n’est pas stupide). Mais heureusement, tout le monde avait levé le nez de son pupitre pour le regarder ; parce que ça aurait pu être une énorme casserole !
Ensuite il a fallu reprendre le programme, mais en modifiant l’ordre des pièces sur place. Là, tu imagines un chef hyper loin de ses musiciens disposés dans les gradins, qui hurle le nom de la prochaine pièce en croisant les doigts pour que les micros ne captent pas ça, et des musiciens qui de toute façon n’entendent rien parce que le speaker harangue la foule dans son propre micro. Donc passage de l’info par le téléphone arabe, des musicos qui se précipitent pour changer l’ordre de leurs partoches, la nana au talkie qui donne le top départ puis se rétracte au bout de 10 secondes, et le chef qui lui rétorque « Ah c’est trop tard, on est parti on ne peut pas s’arrêter comme ça ! » avec une légère pointe d’agressivité et de colère noire dans la voix. Ah la la, les aléas du direct, on te le dit !
Au final ça s’est bien passé et a posteriori l’expérience était rigolote. Manifestement le public était content et les organisateurs aussi, et c’est tout ce qui compte. Mais tout était un peu bordélique, osons le mot, et surtout, on a eu très chaud aux fesses ! Ça n’est pas de tout repos la vie de musicos !