Papa Haydn, ou l’inspirateur de Mozart et le prof de Beethoven

Haydn ; souvent c’est un nom que les non musicos ne connaissent pas, ou alors vaguement de très loin comme ça. Et souvent, les musicos connaissent, mais vaguement de loin comme ça ; parfois, ils ont même entendu dire que c’était « du Mozart en moins bien » (oh !). Mais savais-tu que ce mec a révolutionné la forme des pièces musicales de l’époque ? Qu’il était admiré par Mozart, qui lui a dédié certaines de ses compositions ? Qu’il fût l’un des profs de Beethoven ? Allez, aujourd’hui je te présente Papa Haydn, l’inspirateur méconnu de Mozart, et le professeur mal aimé de Beethoven.

Portrait de Joseph Haydn, père de la symphonie classique et du quatuor moderne

Une carrière de musicien compositeur en mode diesel

D’abord, et comme beaucoup de musiciens de son époque, Haydn a été formé dans une maîtrise, c’est-à dire dans un chœur professionnel de garçons qui chantent pendant les cérémonies religieuses. En l’occurrence, il s’agit du chœur de la cathédrale St Etienne de Vienne, qui n’est pas n’importe quelle ville lorsque l’on parle musique ! Il y apprend la technique et l’art du chant, du clavecin et du violon, mais également l’harmonie et la composition. Mais ça c’est jusqu’à ses 18 ans. Après, trop vieux, il est viré ; du coup pour gagner sa croûte, il essaie d’être musicien indépendant, notamment en donnant des cours d’instruments. C’est du jamais vu à l’époque (pas de donner des cours, mais de vouloir être indépendant et de ne pas dépendre d’un « bienfaiteur »), et on va pas se mentir, c’est assez peu lucratif.

Mais coup de bol, Haydn croise le chemin de Nicola Porporaun, un prof de chant et de composition hyper connu ; il devient son secrétaire et en profite pour apprendre encore quelques trucs. Il découvre notamment les œuvres de Carl Philip Emanuel Bach, le fiston de Big Boss Bach, et est très influencé par elles. On est alors au début des années 1750, et Haydn commence à composer, notamment des quatuors à cordes. En 1757 il est employé par le comte Morzin, son premier patron ; il dirige un orchestre de chambre de 16 musiciens pour lequel il compose des symphonies. Mais ça ne va pas durer longtemps car le comte est à cours de cash, et il finit par virer tout le monde.

Mais comme ses compositions ont fait fureur, Papa Haydn est devenu connu, et il retrouve très vite du boulot, dans une des plus grandes et fortunées familles hongroises : celle des princes Esterhazy. Il va rester travailler pour eux les trente années suivantes. Au passage, il devient un compositeur archi connu, qui reçoit des commandes et fait éditer ses compositions à Vienne, Paris et Londres. Il fait deux tournées à Londres (1791 et 1794) pour faire jouer sa musique (son patron Esterhazy l’avait libéré de ses obligations, mais lui avait gardé son salaire pendant ce temps ; plutôt cool). Il en profite pour rafler un titre de Docteur Honoris Causa d’Oxford (ma chèèère), et devenir « le plus grand compositeur vivant » (alors qu’on est plein dans la période de composition de Petit Mozart, bien plus connu aujourd’hui !).

Quand il rentre à Esterhaza, il est fatigué ; ses deux frangins sont morts et il en est tout tristou. Il ne termine pas l’écriture de son dernier quatuor, et meurt en 1809.

Une vie perso très très libérée !

Joseph Haydn est né en 1732 en Autriche ; il est le deuxième de douze enfants. Son père joue de la harpe, mais il est charron (c’est le mec qui construit et répare les charrettes et autres moyens de locomotion ; le garagiste de l’époque quoi), et sa mère cuisinière chez le seigneur du coin. Autrement dit, chez les Haydn, on ne roule pas sur l’or !

A 26 ans, il tombe amoureux d’une de ses élèves (ouais …), Theresa Keller, qui est en plus la fille d’un de ses potes. Mais manque de pot, elle doit devenir bonne sœur, et Papa Haydn finit par épouser sa sœur (ben oui, on remplace par ce qu’on trouve hein !), Anna. Il paraît que la chère Anna est acariâtre, jalouse, et déteste la musique par dessus le marché. Autrement dit, le mariage est un échec. Au bout de quelques années l’arrangement est clair : chacun vit de son côté avec son/ses amants, sans s’occuper de l’autre. Conséquence directe : pas d’enfant (légitime en tout cas) pour Papa Haydn.

La particularité de Papa Haydn

Bon, on ne va quand même pas faire un cours rébarbatif de musicologie … Mais quand même, il y a quelques petites choses à savoir sur Haydn. D’abord, sa carrière recoupe toute la période dite classique (entre le baroque et le romantisme ; va lire les formidables billets pourquoi la musique dite classique n’est pas toujours classique et les grandes périodes musicales de la musique dite classique). Et bien qu’il ne soit pas l’inventeur des formes « symphonie » et « quatuor à cordes » , il a largement contribué à les développer et les faire connaître.

Ensuite, le mec a quand même réussi a être une inspiration pour Mozart, et un des profs de Beethoven. Rien que ça. D’ailleurs, tous les trois réunis, on les appelle la « trinité classique viennoise » ; référence, pour ceux qui ne l’aurait pas comprise, à la Sainte Trinité, à savoir Dieu le Père, Jésus le Fils, et l’Esprit Saint (en toute humilité bien sûûûr). Quant à savoir lequel est lequel, je laisserai les experts s’écharper sur le sujet !

En tout cas, une grande amitié naît entre Haydn et Mozart, due à une admiration réciproque. Haydn a dit au père de Mozart «  Je vous le dis devant Dieu, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse. » Quand à Mozart, il écrivit dans la dédicace de ses quatuors à Haydn qu’il les confiait à « un homme alors très célèbre et qui, par une heureuse fortune, était de plus son meilleur ami. ».

En revanche, les relations entre Prof Papa Haydn et Élève Beethoven ont été beaucoup plus houleuses. Bien que le premier mécène de ce dernier lui ai recommandé de bien profiter de ses cours (« Recevez l’esprit de Mozart des mains de Haydn ». Oh que c’est beau !), le pas si freluquet de 22 ans dénigra l’enseignement du vieux maître. Faut dire aussi que le vieux maître en question était un peu occupé par quelques compositions et concerts, et il paraît que l’enseignement au freluquet fût quelque peu négligé …

Et pour ce qui est des écoutes … Eh bien je ne te mettrai qu’une seule chose, le seul concerto pour trompette qu’il ait écrit. Paraît que c’est une plai à jouer, m’enfin c’est beau. Alors tu y a droit, c’est juste en dessous. Et on va se faire plaisir, puisque pour une fois, c’est une femme qui joue (et une autre qui diige, tiens, pour faire bonne mesure !). Et si tu n’as pas beaucoup de temps, le mouvement le plus connu et que j’adore est le Final, à 11:00.

 

Soprano, Napoléon, affaire Dreyfus et autres fun facts

On a dit plus haut que Papa Haydn, quand il était petit, a été recruté et formé dans une maîtrise, qui lui a enseigné les bases de la musique. Mais figure-toi qu’il ne chantait pas dans n’importe quelle tessiture (c’est l’étendue des notes que tu peux chanter sans te casseeeer la voiiiiix). Il chantait soprano le bougre, c’est-à dire la voix la plus aiguë du quatuor vocal ; aujourd’hui, ce sont des voix chantées par des femmes (et des jeunes garçons dans certains ensembles). Ça explique aussi pourquoi à la fin de l’adolescence, après sa mue, Papa Haydn (comme tous les autres garçons de cette formation) est considéré comme trop vieux et doit quitter la maîtrise.

Papa Haydn, mais quel drôle de surnom ! Il paraît que c’est de cette manière que les musiciens de son orchestre l’appelaient ; et bien sur, ce terme affectueux a été repris par Petit Mozart. On dit aussi que ce surnom serait dû au fait que Haydn est considéré comme le père de la symphonie et du quatuor à cordes. En tout état de cause, il lui est resté collé à la peau !

La mort de Papa Haydn a eu lieu pendant l’occupation de Vienne par les troupes napoléoniennes. L’empereur, fort magnanime, a dépêché un détachement de ses troupes pour lui rendre hommage lors de son enterrement. Onze ans après cet événement, lors de l’exhumation du corps de Papa Haydn, on s’est aperçu qu’il manquait la tête. Ben oui, deux mecs qui bossaient pour le prince Esterhazy de l’époque avaient décider de la subtiliser discretos pour l’étudier (c’est la grande mode de la phrénologie, ou pseudo science qui consiste en l’étude des bosses du crâne pour comprendre pourquoi intel est un assassin alors que intel est un génie de la musique). Le pauvre crâne n’a rejoint le reste corps qu’en 1954 …

Et alors last but not least, peut-être tiques-tu depuis le début de ce billet sur le nom Esterhazy. Ça ne te dit rien ? Mais si mais si, je suis sûre que tu l’as déjà entendu, bien que ce soit dans un tout autre contexte. Le vrai coupable de trahison dans l’affaire Dreyfus s’appelait Marie Charles Ferdinand Walsin (nom à rallonge ..) Esterhzy et oui, c’est de la même famille ! Ah le monde est petit quand même !