Neurones miroirs et musique

Je te vois d’ici avec ta mine de lecteur dubitatif, te dire que cette fois-ci ça y est, j’ai grillé tous les fusibles que j’avais à disposition dans ma boîte crânienne. Non mais, qu’est-ce qui me prend, de te parler de neurones miroirs et de musique ? On n’est pas sur un blog de scientifique (quoique …), on cause musique ici ! Alors ? Ben alors, laisse moi t’expliquer le rapport entre ces petits neurones de rien du tout (enfin pas tant que ça ; ils seraient plutôt le genre balaise) et la musique ; parce que promis, il y en a un !

Illustration du cerveau en activité pendant l’écoute ou l’apprentissage de la musique, en lien avec les neurones miroirs

Neurone miroir : le neurone qui te regarde faire (même quand tu fais rien)

Comme son nom l’indique, c’est un neurone, c’est-à dire une cellule nerveuse capable de recevoir, transmettre et traiter une information. Il y en a dans ton cerveau, mais pas que (ben dans tes nerfs, banane !). Les miroirs sont des neurones bien particuliers. Ils se mettent à flasher quand tu fais une action, mais également quand tu imagines réaliser l’action, ou encore plus cool, quand tu regardes quelqu’un d’autre exécuter la même action (alors que toi, tu ne bouges pas).

Regarder un pianiste, c’est déjà un peu jouer dans ta tête

Autrement dit, je résume en situation : quand tu vois quelqu’un jouer du piano, certains neurones s’activent dans son cerveau afin qu’il puisse bouger ses petits doigts, ses bras, ses mignons petits petons (oui sur le piano il y a des pédales), etc. Et ben dans ton cerveau à toi, tes neurones miroirs qui correspondent aux actions faites par le pianiste vont s’allumer (c’est une image, hein), alors que toi tu ne fais rien. Cool non ?

Émotion contagieuse : ton cerveau est une vraie éponge à vibes

Ben déjà, si tes neurones s’entraînent à flashouiller rien qu’en regardant quelqu’un faire, ça veut dire que sans le savoir tu es déjà en train d’apprendre à faire (quand je te disais qu’ils étaient balaises ces neurones !). Et ça c’est important dans tous les processus d’apprentissage, y compris dans celui de la musique. En plus, comme le cerveau est un organe fabuleux, plus tu t’entraînes à un truc, plus les connexions entre neurones sont importantes dans ce domaine. Donc dans la même situation, les neurones miroir d’un pianiste flashouilleront bien plus que ceux d’un débutant, ou a fortiori de quelqu’un qui n’a jamais fait de piano.

Écouter, c’est bosser (si si, promis !)

Et ça marche en regardant faire, mais aussi simplement en écoutant de la musique ! Donc t’écoutes ton tube préféré que tu bosses en ce moment avec ton instrument, et c’est déjà une façon de le travailler, sans rien faire d’autre. Trop fort ! Enfin, ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit, il y a quand même besoin d’un touuuut petit peu de pratique quand même hein, faut pas pousser Mémé dans les orties !

Quand ton cerveau rigole avant toi

Et last but not least, les neurones miroirs sont impliqués dans le transfert d’émotions d’un individu à l’autre. Oui parce que si tu veux un personne se marrer et que tes neurones miroirs du rire s’agitent (là encore, c’est une image…), ben au bout d’un moment tu vas avoir envie de te bidonner ; ou ça va venir tout seul, mais tu vas te poiler !

Et évidemment, les émotions contenues dans la musique passent également par ce canal. J’imagine (mais sans aucun droit de l’affirmer) que c’est aussi pour ça que les concerts live sont plus intéressants que l’écoute d’un cd. Tu ressens l’émotion des musiciens mais aussi celle de toutes les personnes qui t’entourent, et ce quel que soit le type de musique !

Et le point de vue du musicien alors ?

Dernière petite chose pour la route, et après je te laisse tranquille. Figure toi que, bien avant de découvrir le principe des neurones miroirs, j’avais déjà remarqué un truc intrigant à propos des orchestres. Les musiciens bougent ensemble. C’est particulièrement visible lors que tu regardes un pupitre de cordes par exemple, où tous les instrumentistes jouent la même chose.

Mais cela se voit aussi dans les vents qui, bien qu’en charge de parties différentes, montrent des élans identiques. Et si la musique est bien écrite sur les partitions, il n’en est pas de même pour les gestes des musiciens (on fera exception des coups d’archets pour les cordes). Et pourtant, ça bouge pareil !

Un orchestre, c’est un seul cerveau avec plein de bras

Alors si rationnellement on peut dire qu’ils partagent une direction musicale, des émotions, des élans, et que cela est renforcé par l’action des neurones miroirs, l’indécrottable fleur bleue que je suis y voit tout autre chose. J’ai toujours pensé que les musiciens d’un orchestre étaient autant de petits neurones connectés les uns aux autres, et qu’en travaillant ensemble, ils produisaient un rendu bien plus grand que chacun d’entre eux, à l’instar d’un cerveau.

Vas-y, tu as la permission de te moquer de ton inénarrable servante. Je me contenterai de me draper dans ma dignité offensée, et de trouver malgré tout que l’image est toute mignonne. Et toc !