Il y a quelques temps, je faisais partie d’un chœur semi-professionnel mixte. Le répertoire qu’on y travaillait était vraiment sympa, les projets assez fous, et les concerts toujours très émouvants (j’y ai vu à plusieurs occasions des gens qui pleuraient tellement c’était bô, non mais tu te rends compte ?!). Et comme le chœur ça fait vite très vieux, barbant et ennuyeux à mourir, je me suis dis que j’allais dépoussiérer un peu tout ça en partageant avec toi une production à laquelle j’ai participé. Allez viens, je t’emmène découvrir avec moi la Messe en Ut de Mozart ! Tan tan tan taaaaan !!
Si tu as bien retenu ce que je t’ai expliqué dans mon Classique : Coulisses et Couacs sur le chœur de femmes, tu te souviens qu’un chœur c’est juste un groupe de gens qui chantent ensemble. Une chorale quoi, mais en plus mieux. Mixte, ça veut dire qu’il y a des voix de femmes et d’hommes. Et semi-professionnel … pff ça c’est compliqué. En gros dans tout ce paquet de monde, il y a des gens qui sont des chanteurs pro (ou en voie de professionnalisation), d’autres non ; et tant qu’à faire, les concerts sont soit payants à l’entrée, soit vendus aux communes/paroisses/salles de concerts. Voilà en gros pour le contexte.
La Messe en Ut, comme son nom l’indique, c’est une messe. C’est-à dire que c’est un ensemble de chants qui ont été écrits pour être chantés à différents moments d’une messe. Bon, mais on n’est pas là pour faire du prosélytisme, juste de la musique ; donc pendant le concert, on les enchaîne sans tout le décorum religieux, et c’est très bien comme ça ! Ce qui est rigolo avec cette pièce, c’est qu’on peut la produire avec chœur et clavier (souvent un piano), mais qu’à la base c’est écrit pour être chanté avec un petit orchestre. Et il se trouve que dans cette production c’est effectivement comme ça que c’était prévu.
Dans ces cas-là, on fait toujours un premier travail juste chœur tout seul, avec le chef de chœur ; et à côté il y a un travail juste orchestre tout seul, avec le chef d’orchestre. Et puis au bout d’un moment, quand chacun connaît suffisamment son truc (ou pour certains, est sensé connaître suffisamment bien son truc), on met tout le monde ensemble. Au début ça peut être un peu la foire, le temps que chacun retrouve ses repères, et au bout d’un moment c’est top. C’est toujours le chef d’orchestre qui dirige l’ensemble orchestre + chœur, jamais le chef de chœur (désolée pour l’ego de certains …). Et d’ailleurs parfois ça peut poser des problèmes parce que les deux chefs n’ont pas forcément la même interprétation de la musique et demandent des choses différentes ! Ah ouais, faut être adaptable quand t’es musicos …
On a chanté cette messe à plusieurs occasions dans différentes salles et églises. A chaque fois il faut rebosser l’équilibre entre les chanteurs et les musiciens, retravailler la longueur des notes en fonction de l’acoustique, etc. C’est à ça que sert le raccord pré-concert. Accessoirement, quand tu chantes/joues dans une église, c’est aussi le moment où soit tu trouves une façon de te réchauffer très vite, soit tu apprends à faire ton boulot sans sentir tes doigts ou en claquant des dents tellement tu cailles. C’est un métier, moi je vous dit. J’exagère un poil parce que dans certaines églises il y a des chauffages qui sont mis en place pour nous éviter de geler. D’où la lumière très rouge. Mais pas partout !
Dernier petit détail rigolo sur cette production, et après je te fais écouter des extraits. Figure-toi que lors d’un des concerts, il manquait un violon. Et comme on l’a su quelques jours avant la date fatidique, et que ton humble servante joue également de ce bout de bois, le chef d’orchestre m’a demandé de remplacer le violon manquant au pied levé. Alors bonjour le boulot de dernière minute ! Mais c’est aussi très rigolo de jouer l’accompagnement alors que tu connais la partie des chanteurs quasiment par cœur ! Et parfois ça donne même envie de chanter la partie du chœur en jouant la partie de violon. Malheureusement mes maigres tentatives ayant donné des résultats discutables, et m’ayant attiré les regards foudroyants du chef d’orchestre, j’ai vite arrêté… Mais c’est frustrant !
La messe commence par le Kyrie et clairement c’est le premier truc que je te conseille d’aller écouter. Comme d’habitude, on met le son à fond avec les basses bien présentes, parce que c’est très souvent ce qui ressort le moins dans les enregistrements. Et je t’assure que ça prend carrément aux tripes. Surtout que, tu ne le sais pas encore, mais la messe continue avec des pièces pleines d’espoir, de joie et d’énergie, mais qu’elle se termine par un retour du Kyrie qui plombe à nouveau toute l’ambiance. Quel génie ce Mozart !
Après je te conseille d’aller jeter une oreille sur une des trois fugues de la messe, le Gloria (qui n’est pas vraiment une fugue, mais qui as des passages écrits comme tels), le Cum sancto spiritu ou le Osanna. Ce dernier a ma petite préférence personnelle parce qu’il est écrit pour deux chœurs (enfin il faut se taper la première partie avant, le Sanctus, qui lui est écrit à quatre voix). Et déjà que les fugues de manière générale ça part dans tous les sens, mais alors une fugue à huit voix (quatre dans chaque chœur, faut suivre !), c’est carrément le pied !
Et après si tu as un peu de temps (genre une petite heure, un épisode de série quoi), je te mets un enregistrement de la messe en entier. Dans les conseils d’écoute précédents je ne t’ai mis que des parties de chœur (je prêche un peu pour ma paroisse quand même …), mais il y a aussi des chanteurs solistes dans cette messe, avec des parties magnifiques. Je te les laisse découvrir dans cet enregistrement complet de la messe !
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