Beethoven, le monstre Romantique

Qui n’a jamais entendu le nom de Beethoven se dénonce tout de suite ! Ô honte à toi si c’est le cas, ô honte, rage et désespoir, que ce site n’ait jamais vécu que pour cette infamie ! Bon, je me calme. Mais sans rigoler, Beethoven, Ludwig de son prénom, fait partie de ces compositeurs dont on a tous entendu le patronyme ; et on sait tous qu’il a composé de la musique, même si on ne sait pas quoi. Et ben je m’en vais de ce pas t’expliquer pourquoi ce mec est incontournable dans la musique classique ; comment il a envoyé valser Papa Haydn, et révolutionné la face musicale du monde après Big Boss Bach et Petit Mozart. Et ouais, rien que ça. Allez, aujourd’hui je te raconte l’histoire de ce Monstre Romantique nommé Beetov’ !

Portrait de Ludwig van Beethoven, compositeur emblématique du romantisme allemand

La vie professionnelle houleuse de Beethoven

Beethoven petit, c’est un peu comme Mozart : un génie détecté très jeune par papounet, qui est musicien et chanteur. Les tournées du petit prodige sont un échec, mais ledit prodige s’accroche et continue ; à tel point qu’il arrête l’école à 11 ans (le rêve !) pour se consacrer entièrement à la musique.

Après le désastre engendré par son paternel, Ludwig van Beethoven change de prof ; le nouveau lui fait découvrir l’orgue, la composition, et les compositions de Big Boss Bach ! Et il est tellement doué, qu’à 14 ans, en 1784, il a déjà un poste d’organiste de cour. Ouais, il va vite le petiot …

Logiquement, il est vite repéré par des protecteurs, dont un qui l’emmène à Vienne voir Petit Mozart ; celui-ci dit alors, en parlant de Beethov : « Faites attention à celui-là, il fera parler de lui dans le monde ». Belle recommandation ! Il est ensuite envoyé étudier chez Papa Haydn, avec qui les relations seront beauuuuuucoup plus compliquées et houleuses. Soyons clairs, ils ne pouvaient pas s’encadrer l’un l’autre : Beethoven pensait que Haydn jalousait son talent (ça va les chevilles ?), tandis que le prof ne supportait pas l’indiscipline dudit disciple ! Les études se poursuivent jusqu’à ses 25 ans avec différents profs. Il compose en même temps, mais ça n’est pas encore du grand Beethov. En fait, il est surtout connu pour son talent de pianiste et d’improvisateur ; il fait même des battle d’impro, c’est le grand chic de l’époque !

Vers ses 30 ans, il ne peut plus gagner sa vie en tant qu’interprète (va voir dans les fun facts) ; il reporte donc toute son activité sur la composition. 1802 marque un tournant dans sa carrière ; il déclare : « Je suis peu satisfait de mes travaux jusqu’à présent. À dater d’aujourd’hui, je veux ouvrir un nouveau chemin. »

Et là c’est le début de la période du Monstre Romantique Beethoven, avec des compositions d’un style qu’il nomme Héroïque (en toute humilité…). Malgré tout, il n’arrive pas à obtenir un poste officiel de musicien à Vienne, et il menace donc de quitter la ville. Mais comme Haydn et Mozart sont morts, et qu’il donne un concert mémorable en mode rock star pour montrer à quel point il est bon, il est reconnu comme l’un des (si ce n’est le) plus grands musiciens de l’époque. Bon du coup des mécènes se précipitent pour lui offrir une rente.

Beethoven en profite pour se consacrer entièrement à la composition. Il pousse la musique aux limites de ce qui est considéré comme acceptable. D’ailleurs ses dernières œuvres sont boudées par le public. Mais lui, imperturbable, et visionnaire déclare au sujet de sa musique qu’elle « donnera de la besogne […] quand on la jouera dans cinquante ans. Beethov, ou j’ai raison contre tous !

Et sa vie perso catastrophique

Ça commence assez mal pour le petit Ludwig van Beethoven : ok, il naît (à Bonn en Allemagne, en 1770) dans une famille de musiciens depuis deux générations, mais Papounet est un alcoolo de première, et violent de surcroît ! Pour ajouter au tableau, sa mère est dépeinte comme dépressive (en même temps avec un mari pareil, il y a de quoi), et quatre de ses frères et sœurs meurent en bas âge. Une enfance de rêve on te dit !

Et ça continue : Mamounette meurt à son tour quand il a 17 ans, ce qui plonge Beethov dans des abîmes de désespoir. Du coup il part pour étudier et bosser à Vienne. Et cinq ans plus tard, c’est au tour de Papounet d’y passer.

Quant à sa vie sentimentale … Hélas, trois fois hélas, ce n’est pas beaucoup mieux. Il tombe très facilement amoureux (surtout de ses élèves, parfois plusieurs décennies plus jeunes que lui … sans commentaire), mais ne se marrie pas, malgré plusieurs demandes à différentes dulcinées. Il a deux arguments contre lui : d’abord c’est un roturier, et les femmes dont il tombe amoureux sont des aristo. Or à cette époque, pas de mélange de classe, bas les pattes ! Le deuxième fait qui ne plaide pas en sa faveur, c’est qu’il a un caractère abominable… Mais c’est une bonne nouvelle pour les amateurs de sa musique, parce qu’à chaque désespoir amoureux, il compose un nouveau chef d’œuvre.

A la mort de son frère Kaspar Karl (pas de jugement, on ne choisit pas son prénom !), Ludwig a promis de s’occuper de son neveu, Karl. Mais bon, d’abord il faut gagner les procès contre la belle sœur pour obtenir sa tutelle ; et puis le gamin enchaîne scandale sur scandale, jusqu’à une tentative de suicide. Donc même là, il n’y a que malheur et décadence.

A cinquante-six ans, le Monstre Beethoven attrape une pneumonie, qui l’achève en quatre mois. Il meurt en 1827 ; à Vienne, ses funérailles sont suivies par une foule d’inconnus. Quelques semaines avant sa mort, Schubert était venu le voir ; il avait dit de Beethov : « Il sait tout, mais nous ne pouvons pas tout comprendre encore, et il coulera beaucoup d’eau dans le Danube avant que tout ce que cet homme a créé soit universellement compris. » Ah c’est beau quand même, hein !

Le génie du compositeur allemand

Je vais te faire une petite confidence : j’ai appelé Beethov le monstre Romantique, mais en réalité il fait partie de la période Classique. Enfin presque. Mais pas tout à fait. C’est compliqué … En fait, ses premières années de composition sont très influencées par la musique de Haydn (tiens tiens) et de Mozart. Mais dans la seconde partie de sa vie, il s’affranchit vraiment de tout ça, et il jette les bases qui permettront le développement de la période Romantique. Donc il n’appartient plus tout à fait à la première période, sans être réellement de la seconde … Inclassable, ce Ludwig van Beethoven !

Donc il est hyper important parce qu’il initie une révolution dans l’écriture musicale de l’époque. Ses œuvres sont bourrées d’émotions fortes, de la rage au désespoir, de la tendresse à des explosions de joie. Tout est hyper emphatique, et c’est bien pour ça que c’est un monstre pour l’époque ! Tout ce déballage de sentiments, vous n’y pensez pas ma bonne dame ! En attendant, c’est une des grandes caractéristiques du romantisme (en musique, en peinture, en littérature, en tout). Et au passage, c’est aussi un mec franchement engagé pour la liberté, les droits de l’Homme et les avancées sociales (c’est à la mode à l’époque en France, puisque Beethoven a 18 ans à la Révolution).

Alors après, quoi écouter … Pfff c’est compliqué parce qu’il beaucoup (beaucoup !) écrit, et moi j’adooooore Beethov. Mais il va bien falloir choisir ! Alors allons-y. D’abord, il est incontournable d’écouter une symphonie. La plus connue évidemment c’est la cinquième, avec le fameux pom pom pom pooooooooooom (tu vas voir, tu reconnaîtras dès le début). Et puis après évidemment, il paraît impensable de passez à coté de l’Hymne à la joie ; c’est le dernier mouvement de la neuvième symphonie de Beethov, et c’est une révolution : il fait chanter des solistes et un chœur à plein poumons, ce qui ne s’était jamais fait avant dans une symphonie. Évidement, ça s’écoute à fond, pas en musique de fond ; et alors ça explose de partout, ça gonfle le cœur, c’est beau. Après pour faire un sacré contraste, on peut par exemple passer à la Sonate au clair de lune pour piano (et là c’est beau à pleurer). Et pour se remonter le moral, je te laisse découvrir le dernier mouvement du concerto pour violon (qu’il a ensuite recyclé en concerto pour piano tellement c’est sympa comme musique).

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Compositeur sourd, découverte de la Lettre à Elise et complot autour de Minona !

Quand il était petit, Beethov a été surnommé l’Espagnol en raison de son teint basané. Il paraît qu’il était très laid. Une de ses élèves conquises le décrit comme étant petit, brun, les vêtements déchirés, et le visage marqué par les cicatrices de la petite vérole ; un vrai plouc, quoi ! Mais elle rajoute aussi que quand il joue du piano, il s’anime. Son regard devient farouche, il est étrange et effrayant ; un monstre fascinant !

Le mec avait quand même un melon assez impressionnant. Il en a tellement fait voir à Haydn (considéré à l’époque comme l’un des plus grands musiciens vivants ! C’est le David Guetta son époque ! Faut le faire quand même …), que celui-ci le surnomma le Grand Moghol. Plus âgé, il refusa de jouer en concert pour un prince qui le lui demandait. Après s’être violemment disputé avec lui, il lui envoya un petit mot doux lui disant : « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a eu et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. ». Ça va les chevilles …

Tu te souviens quand je t’ai dit que Beethoven n’était pas satisfait de ce qu’il avait écrit jusque là et qu’il voulait tout révolutionner ? C’était en 1802, et à partir de là, il ne joue plus en public. En fait, ça fait quatre ans qu’il perd l’audition ; en 1802, il est complètement sourd. Ouais, dur pour un musicos … En même temps, il n’est pas le seul compositeur sourd ! Selon les sources, il aurait eu deux techniques pour continuer à « entendre » son piano quand il compose. Dans la première, il utilise une baguette en bois serrée entre les dents et dont l’extrémité est posée sur la caisse du piano, pour transmettre les vibrations. Dans la seconde (beaucoup plus spectaculaire mais aussi plus douteuse), il aurait fait scier les pieds de l’instrument pour le poser par terre et ressentir les vibrations grâce à son auguste popotin posé à même le sol. On fait avec les moyens du bord !

Cinquante-cinq ans après la mort du Monstre, on retrouve un vieux manuscrit dont la musique est lisible, mais le titre à moitié effacé. Il reste écrit «Fü …. se ». Le mec qui découvre le papelard ne s’embarrasse pas beaucoup, rempli les trous et pouf ! Ça a fait la « Für Elise », ou la bien connue « Lettre à Elise » en français. Sauf que Beethov ne connaissait pas d’Elise. Ballot … Les musicologues se sont penchés sur la question. Il paraît que ça pourrait plutôt être une lettre à Thérèse, une de ses élèves sur laquelle il avait flashé. Mais Lettre à Elise ça sonne quand même mieux !

Et alors last but not least, un bon petit ragot de derrière les fagots. Beethoven resta en contact avec Joséphine, une ancienne élève, bien après son mariage avec un aristo. « Resta en contact » … j’adore cet euphémisme ! Alors évidemment pas de preuve en photo genre croissant en scooter. Mais le mari de Jo ne vint la voir que deux fois pendant leur mariage (le reste du temps il le passait avec sa maîtresse ; la classe vraiment), et la dame accoucha quand même d’une petite fille dont les contemporains assurèrent qu’elle ressemblait au Monstre. Jo appela sa fille « Minona » ; drôle de prénom, qui n’est autre qu’un acronyme d’« Anonim ». Il n’en fallait pas plus pour que les esprits s’emballent et jurent croix de bois croix de fer que Beethoven était le père illégitime de la gamine !