Aujourd’hui on commence une nouvelle série sur les formes musicales en musique classique. Autrement dit, je m’en vais t’expliquer par le menu les formes de morceaux que tu pourrais rencontrer. En musiques actuelles, comme la pop, le rock, ou le rap c’est assez simple : un morceau, c’est une chanson ; et ça s’arrête là, peu ou prou. En musique classique c’est beaucoup plus complexe : il y a des tas de formes différentes, en fonction des instruments qui sont utilisés, de leur nombre, de l’œuvre dans laquelle le morceau s’inscrit, de l’époque, etc etc.
Rassure-toi, on va faire simple et compréhensible, et j’alimenterai cette série au fur et à mesure pour que ce ne soit pas rébarbatif. Mais il est hors de question de passer sous silence les principales formes musicales, sous peine de te laisser démuni lorsque la bise fût venue ! Et on commence aujourd’hui par quelque chose dont je suis sure que tu as déjà entendu le nom : le concerto !
Le concerto : mais ça vient d’où, ce mot bizarre ?
Ça commence assez mal parce qu’en vérité, l’étymologie du mot est débattue. Évidemment, c’est un mot italien francisé (d’où le fait qu’au pluriel, on puisse dire des concertoS ou des concertI). Et en Italien, ça peut venir de deux mots différents, concertare ou conserere, qui recoupent des idées de querelle, de réponse, et de lien. Vas-y comprendre quelquechose…
En tout cas ce qu’il faut retenir de l’idée, c’est qu’un concerto c’est un genre de dialogue entre un ensemble de musiciens et un musicien soliste. Comme ça, c’est soit un affrontement entre les deux, soit une discussion pleine de lien, et tout le monde est content !
Le tout début du concerto : un truc religieux et vocal
En tout cas, au début (c’est-à dire à la période Baroque), c’est une pièce religieuse qui oppose des instrumentistes et un chanteur. Il y a d’ailleurs souvent une partie d’impro et de vocalises, qu’on appelle la cadence ; et pendant tout ce temps-là, le reste du monde (et donc les musiciens) est prié de fermer sa boîte à camembert et d’écouter.
Quand les instruments prennent le pouvoir
Après ça s’est diversifié, parce que les instrumentistes étaient jaloux des chanteurs. Du coup ils ont décidé que eux aussi avaient le droit d’être soliste, non mais des fois ! Et tant qu’à faire, ils ont aussi sorti le concerto du domaine religieux, pour en faire de la musique profane. La forme a un peu changé et a porté des petits noms tous mignons du style concerto grosso (pour dire qu’il y a plein de musiciens dans le groupe et potentiellement plusieurs solistes), ou concertino (peu de musiciens).
Et si tu veux tout le détail, on parle aussi de concerto da chiesa (d’église) et de concerto da camera (de chambre, c’est-à dire profane). A cette époque, le premier comporte quatre mouvements (lent, rapide, lent, rapide, histoire de ne pas endormir l’auditeur), alors que le second est beaucoup plus libre et comporte un certain nombre de danses (voire un nombre certain).
Le concerto, c’est quoi exactement ?
C’est comme tout, hein. Au départ, c’est-à dire à l’époque Baroque, c’est un peu le bazar : on a toutes les formes possibles et imaginables. Et puis les compositeurs commencent à bosser dessus, et ça se normalise. Le plus connu au début du concerto, c’est Vivaldi. C’est lui qui décide que le concerto, c’est le moment de gloire du soliste qui doit faire montre de toute sa virtuosité. Il écrit tout plein de concertos pour violon, mandoline, flûte, hautbois, etc.
Bach, Mozart, Haydn et l’ascension du concerto !
Ensuite évidemment on retrouve Big Boss Bach avec ses concertos grosso avec jusqu’à 4 claviers solistes. Et puis pendant la période Classique, tu connais aussi Haydn et Mozart (mais si, ou sinon clic clic sur les liens pour relire tout ce que je t’ai déjà raconté sur eux. Allez, hop hop hop !), qui font exploser le genre.
La forme « classique » du concerto
Et puis le monstre Beethoven se jette dans l’histoire avec le Romantisme, et fixe la forme définitive du concerto. A partir de là, un concerto c’est :
un soliste accompagné d’un orchestre ;
trois mouvements (ou si tu préfères, trois chapitres) : un vif, un lent, un rapide.
Évidemment, il reste des exceptions. Par exemple, certains hurluberlus ont écrit des concertos pour plusieurs solistes en prenant des instruments différents, comme violon violoncelle (à la différence du concerto grosso, où il y avait plusieurs solistes, mais du même instrument). Ou alors les mouvements s’enchaînent sans laisser voir de façon claire la structure en trois parties. Ben oui, parce que le concerto est devenu la forme reine avec la symphonie (on en parlera plus tard). Alors les plus grands compositeurs s’y sont attelés et ont essayé de se montrer originaux.
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Quels concertos écouter pour commencer ?
Et voilà, on retourne à cette question fatidique à laquelle j’ai tant de mal à répondre ! Parce que des concertos, il y en a des centaines, avec plein d’instruments solistes différents. Et je serais bien en peine de te dire lequel est le plus beau, parce que comme il y en a de toutes les époques et de tous les styles, il y en a pour tous les goûts.
Bon, après cette mise en garde de partialité, deuxième mise en garde sur les écoutes. Ça dépend évidemment des époques, mais un mouvement de concerto c’est souvent un peu plus long que ce que je te mettais jusque là comme extraits à écouter. Il y a plusieurs thèmes, et c’est peut être un peu plus difficile d’approche comme ça au début.
Mais ça se fait quand même pas si mal, donc zou ! On débouche ses oreilles, on met le son de la playlist assez fort pour bien tout entendre (surtout les basses), et on se lance ! Sans oublier encore une fois qu’en live, ça remue bien plus qu’en enregistrement.
Le violon : émotion garantie
Je te fais quand même une petite sélection pour que tu écoutes des trucs. D’abord, évidemment, il paraît difficile de passer à côté du concerto pour violon de Mendelssohn (oui ok, je prêche pour ma paroisse, mais je t’ai dit que j’étais partiale, donc j’ai le droit). Je te le mets en entier parce que c’est une version que j’aime (26 minutes en tout quand même). Mais si tu n’as pas le temps, écoute juste le premier mouvement (ah bon sang, ce premier thème du soliste !).
Je t’aurais bien mis aussi celui de Tchaïkovski, mais il est un peu long (mais va écouter si tu es curieux, c’est sublissime !).
Le piano : grand spectacle assuré
Si tu veux en prendre plein les oreilles, mets-toi le Concerto pour piano de Grieg. Attention au tout début : ça commence fort. Mets le son à fond, mais protège tes tympans ! Les 12 premières minutes, c’est le premier mouvement, et c’est déjà une claque.
Tu peux aussi aller du côté de Schumann. Son concerto est plus intime, mais magnifique. Et bien sûr, Mozart reste un incontournable. Le mouvement lent de son 21e concerto pour piano est à pleurer tellement c’est beau.
La clarinette, le violoncelle, et les surprises
Toujours chez Mozart, ne rate pas le Concerto pour clarinette. C’est doux, expressif, lumineux. Une vraie caresse musicale. Envie d’un son plus grave ? Le Concerto pour violoncelle de Saint-Saëns est un excellent choix. Profond, intense, mais jamais pesant.
Pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus, direction Vivaldi : ses Quatre Saisons, ce sont quatre concertos pour violon. Tu les connais sûrement sans le savoir. Ou encore son Concerto pour mandoline (oui, une mandoline) c’est joyeux, léger, presque dansant. Et si tu veux vraiment sortir de la routine, tente le Concerto pour trompette de Haydn. Brillant et pétillant comme une coupe de champagne.
À toi de jouer (ou d’écouter)
Voilà un petit échantillon, forcément incomplet, mais pensé pour te donner une idée de la richesse du genre. Il ne te reste plus qu’à creuser, tester, et surtout écouter ce qui te plaît. Parce qu’au fond, c’est ça qui compte. Et n’oublie pas : en concert live, un concerto prend encore une autre dimension. Le soliste, l’orchestre, l’énergie… Rien ne vaut l’expérience en vrai !