Le Dies Irae dans la musique classique, mais pas que !

Aujourd’hui on s’attaque à un sujet que j’adore, j’ai nommé le Dies Irae ! Ce tube de la musique classique se retrouve partout dans la culture populaire. Dis comme ça, tu vas me regarder de travers, faire la moue et lever les yeux au ciel. Mais si si, laisse moi t’embarquer là dedans, tu vas voir, ça va te plaire. En plus tu vas avoir plein de trucs trop cool à écouter ! Cette histoire commence avec de la musique du Moyen Age ; encore une sombre histoire de chant grégorien et de messe, de Requiem et de colère divine ! Que des trucs sympas je te dis !

moines chantant le Dies Irae, ce thème musical mythique présent dans la musique classique et la pop culture.

Origines médiévales du Dies Irae dans la musique classique

D’abord Dies Irae c’est du latin (merci Mlle de La Palice), et ça veut dire littéralement Jour de Colère. Ça se réfère au jour du Jugement Dernier, présent dans les trois religions monothéistes se réclamant d’Abraham, le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Pendant le haut Moyen Age, un chant est composé autour de la thématique de ce jour bien particulier : apocalypse du monde réduit en cendres, résurrection des morts à coups de trompettes (c’est le fameux Tuba mirum du Requiem de Mozart), jugement de Dieu sur les âmes, précipitation des méchants dans les flammes de l’Enfer éternelle, et récompense pour les gentils. On n’oublie pas au passage le pitié pitié j’ai été gentil et je crains légèrement la flamme.

Au XIIIᵉ siècle le chant grégorien Dies Irae devient partie intégrante de la messe des morts chrétienne. 19 strophes austères, mais puissantes : apocalypse, jugement, enfer ou paradis. Sombre, oui, mais d’une force tranquille. Tu peux écouter les deux premiers vers (« Dies irae, dies illa… »), ça suffit à saisir le frisson. Allez, juste pour que ta culture s’étale bien comme il faut avec la confiture, je te le mets en dessous histoire que tu ailles écouter. Ah je suis sympa quand même ! Au passage, tu noteras que la vidéo te montre les fameux neums dont on a déjà parlé dans le Classique 101 sur les chants au Moyen Age ! Va relire tout ça histoire de te rafraîchir la mémoire !

Maintenant que tu as écouté au moins le début (les deux strophes dont je te parle, ça fait a minima bien 10 secondes !), tu seras d’accord avec moi pour dire que le thème est lugubre. C’est calme et simple, en contradiction total avec la colère dont il est question dans les paroles. Mais ça a aussi un côté implacable, puissant, imperturbable ; et ça, ça va bien avec le thème du Jugement. C’est inexorable, inévitable, comme la roue du destin qui s’abat sur toi. Brrrr …

Dans les Requiem : de Mozart à Fauré

Le Dies Irae ressurgit dans les grands Requiem, ces messes des morts dans la musique classique,. Ah bah oui, on est dans le thème morbide aujourd’hui ! Parce que, qui parle de Jugement Dernier, parle d’espoir de résurrection et donc de l’étape d’avant, à savoir la mort. Tout naturellement, le Dies Irae est aussi un moment clé des Requiem ! Mozart, Verdi, Haydn, Fauré, Dvořák (miam miam, ce que c’est beau !) et plein d’autres : chacun réinvente le thème. La mélodie d’origine disparaît, mais la tonalité funèbre reste. Résultat ? Une playlist mortelle (au bon sens du terme).

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Berlioz, révolution et Dies Irae profane

Mais qu’est-ce que ce bonhomme a à voir avec la choucroute ? Et bien c’est le premier, en 1830, à utiliser le thème du Dies Irae grégorien dans un contexte non religieux. Il fait littéralement exploser les codes. Dans la Symphonie Fantastique, le cinquième mouvement, Songe d’une nuit de Sabbat, recycle le Dies Irae dans un contexte non religieux. Diabolique, grotesque, hilarant. Le thème classique devient subitement terrorisant ; parfait pour la culture populaire ! Va écouter, je te le mets en dessous dans la playlist. C’est rigolo tout plein !

Beyond classical : morale, frissons et dessins animés

Et du coup la mode est lancée c’est parti ! Le Dies Irae devient culte dans la culture populaire : cinéma (films d’horreur, animations…), jeux vidéo, pubs… Tout plein de compositeurs vont utiliser le Dies Irae pour évoquer le fantastique, le surnaturel, éventuellement la mort. Ou bien pour caractériser un personnage méchant pas beau, qui est éventuellement sensé faire peur. 

Il faut dire, un air qui te hurle « Jugement » depuis le XIIIᵉ siècle, ça marque ! Tu retrouveras ce thème dans Roi Lion, Route d’Eldorado, Demolition Man et j’en passe. Oui oui ! Tu te souviens de mon petit billet qui expliquait qu’il ne fallait pas opposer musique classique et musiques actuelles ? De celui qui dit que non non non la musique classique n’est pas élitiste et que tu en croises partout ? Et ben on est en plein dedans, et je me régale intérieurement toute seule de te l’asséner une nouvelle fois à coups de b-a ba !

Playlist et démonstration vidéo

Allez, et rien que pour le plaisir, je te partage une vidéo qui recense plein de citations du Dies Irae dans la musique classique et la musique populaire. Je te préviens, la forme de la vidéo est assez extraordinaire, au sens propre de la chose. Mais la démonstration est convaincante ! Si tu veux écouter directement les extraits, c’est à partir de 6:20. Et si tu aimes le style (moi j’avoue que ça me fais rire !), je te mets les parties suivantes avec, tu en auras quatre pour le prix d’un. Enfin si tu as le courage d’aller jusqu’au bout, parce que ça peut vite devenir indigeste !

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